Un pasteur, une Église, pas de projet… qu’il dit !

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Le superbe noyer du presbytère de Rouillé © Pablo Sacilotto

Une Église, un pasteur, un projet – 16*

Quand je rentre au presbytère de Rouillé, la première chose que Pablo Sacilotto me fait visiter, c’est le jardin, avec ce superbe noyer dont les branches recouvrent quasiment tout. À croire que la campagne du Poitou a adopté ce jeune pasteur droit venu d’Amérique latine, après un passage par Lunel (Hérault) et Tours.

Pablo Sacilotto © Élisabeth Renaud

« J’ai d’abord été formé à la missiologie (deux ans de théorie et deux ans sur le terrain), explique-t-il. J’ai compris que cette mission ressemblait plus à celle de la société des missions de Paris, genre XIXe siècle, qu’au DEFAP (service missionnaire) modèle CEVAA (Communauté évangélique d’action apostolique) des années post 68. Au cours de mes missions en Amérique latine, j’ai vu la misère, le dénuement et l’abandon de populations entières, et le discours « Jésus t’aime » me paraissait un peu suranné ».

Au service de la communauté

Il voulait alors revenir aux fondamentaux. Donc, après quatre ans de théologie à Sao Paulo et quelques années comme pasteur de l’Église baptiste, quand un de ses professeurs, Jorge Pinheiro, lui a proposé d’aller en mission en France, il n’a pas hésité et il se retrouve à Montpellier pour un master à l’Institut protestant de théologie.

« J’ai dit à la commission des ministères que j’aimais la campagne et les vieux. Peut-être que cela leur a plu et me voilà dans le Poitou rural. Bien sûr que cette paroisse a un projet mais rien d’extraordinaire : Vivre ensemble, faire Église, fédérer des gens de quelque bord qu’ils soient pour lire la Bible ».

Pablo est donc au service de cette communauté qui donne une image plutôt vieillissante mais remplie de gens qui se sentent jeunes et qui, quand on leur demande d’aider les étudiants qui sont à Poitiers touchés par la solitude Covid et le manque de petits boulots, réagissent au quart de tour. Et il cite Albert Camus : « N’être plus écouté : c’est cela qui est terrible lorsqu’on est vieux » (L’envers et l’endroit). Alors ce qu’il aime, c’est les écouter.

Une occasion de rencontres

Quand je lui demande s’il n’a pas peur du burn out à faire deux enterrements par semaine, il me répond que ces célébrations sont toujours l’occasion de rencontres, comme cette famille dont il a enterré le grand-père qui l’a invité à parler de sa prédication et qu’il continue de visiter.

« La jeunesse, ce n’est pas ma tasse de thé, confie-t-il. J’ai des collègues qui font ça très bien ». Les six ou sept enfants catéchisés sont répartis avec le pasteur Bertrand Marchand.

Après la missiologie et la théologie, il découvre un nouveau champ d’étude qu’il ne connaissait pas : l’ecclésiologie. Les Églises en France ont des frontières beaucoup plus marquées. Au Brésil, on passe d’une Église à l’autre, parfois on fuit l’Église catholique pour s’engouffrer dans une méga church évangélique… Dans le Poitou rural, on a affaire à des protestants identitaires, qui même déçus, n’imagineraient même pas aller voir ailleurs. « Je ne suis pas là pour sauver l’Église, je ne suis que de passage ». 

Stéphane Griffiths

* Cet article est le seizième de la série « Une Église, un pasteur, un projet ». Lire le précédent : « Se préparer au mariage, un enjeu pour les couples… et pour l’Église ».