Luther, peint par Lukas Cranach, père et fils*

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La Sainte cène de Cranach en ” rotonde ” (photo tronquée) © Domaine public

Au moment où la question Qui célébrons-nous à l’occasion de ce jubilé ? se pose, l’iconographie peut aider à mieux comprendre que l’essentiel ne réside pas dans le personnage, mais dans ce dont il témoigne. La représentation que l’on se fait de Luther lui-même n’est pas sans effet sur la réception de son message.

On sait que, grâce au développement de l’imprimerie, les premiers écrits de Martin Luther ont très vite connu une large diffusion. Ce que l’on sait moins, c’est que des portraits représentant le réformateur ont également suscité très tôt un grand intérêt. Il s’avère que l’image de Luther a été l’une des plus reproduites au cours de la première moitié du XVIe siècle. Le talent et le savoir-faire des ateliers Cranach de Wittenberg ne sont pas étrangers à cet engouement.
En effet, c’est dans leurs ateliers que les portraits de Martin Luther mais également de sa femme Katharina von Bora ont vu le jour. Le grand-électeur de Saxe avait souhaité donner une certaine image de la Réforme.
Mais le réformateur est également représenté dans des ensembles plus larges. Sur le retable dit « de la Réforme » à Wittenberg, à la base de l’œuvre, Luther prêche le crucifié/ressuscité. Sur un panneau par-dessus, son ami et compagnon Philippe Mélanchton, universitaire mais pas pasteur, baptise un petit enfant. Voici des grands sujets de la Réforme : la prédication et le sacerdoce universel. Et puis au centre, une évocation de la sainte cène. L’un des disciples est représenté sous les traits de Luther ; habillé comme un jeune chevalier, il évoque sa fugue et son séjour sur la Wartbourg comme chevalier Jörg.
On peut ainsi décrypter les conditions de la production de ces images. Elles ont répondu à des besoins ponctuels ou plus larges. Selon les périodes, ces différents types de portraits ont privilégié les diverses facettes du personnage Luther : l’homme, le théologien, le croyant, le représentant du passage de la scolastique à la Renaissance, le héros populaire, le docteur d’université, le réformateur d’Église…

Angelika Krause,
d’après l’introduction aux conférences de Christian Kempff et Jean Arbogast

* Cet article fait partie du numéro spécial édité par Le Protestant de l’Ouest en 2017, à l’occasion des 500 ans de la Réforme.