Ils et nous

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Grain de sable
Marc 3.1-6

© Markus Spiske de Pixabay

« Jésus revient à la synagogue », ainsi commence l’épisode de l’homme à la main desséchée tel qu’il nous est raconté dans l’évangile selon Marc 3.1-6. Autour de Jésus et de l’humain à la main desséchée s’affairent des « ils ».

Qui sont ces « ils » ? Il est tentant de ne voir dans ce « ils » que les Pharisiens puisque ceux-ci sont nommés à la fin du récit et qu’ils étaient déjà présents, juste avant, dans une autre discussion à propos du sabbat. Mais ce serait trahir Marc qui nous fait entrer dans un récit qui va bien au-delà d’une guérison ou d’une querelle sur le sabbat. Il nous raconte une histoire de piège, d’exclusion de choix entre la vie et la mort.

Qui sont-ils ?

Au terme de cette histoire, les pharisiens sortent de la synagogue, mais Jésus y reste-t-il seul avec celui qu’il vient de guérir ?
Qui était présent alors, dans la synagogue ? Les Pharisiens, c’est entendu. Mais sans doute les habitants de la ville sont-ils là eux aussi. Et les foules de curieux qui suivent Jésus, et ses disciples… On peut retrouver beaucoup de monde dans ce « ils » et penser que même si tous ne voulaient pas l’accuser, si tous ne sont pas hostiles à Jésus, tous étaient curieux de voir s’il guérirait, tous attendaient de lui de prendre position. Tous voyaient dans cet homme à la main desséchée l’occasion d’un miracle et d’une controverse.

S’identifier

« Ils » sont tellement divers dans la synagogue que nous, lecteurs, pouvons, dans notre diversité, nous reconnaître en « eux ». Et nous le pouvons aussi dans leur interrogation sur la possibilité de guérir un jour de sabbat. Parce qu’au-delà du sabbat, la question est éternelle : jusqu’où peut-on aller pour faire le bien ? Quelles règles peut-on enfreindre ? Quels risques peut-on prendre ? Bref, « ils » se posent une question qui ne nous est pas étrangère en ces temps de catastrophe climatique, de guerre, de pandémie, de crise économique et politique…
Et Jésus transforme la question : « est-il permis de faire le bien ou le mal un jour de sabbat ? », en : « Quand n’est-il plus permis de faire le bien ? ». On peut bien sûr objecter que ce n’est pas si simple, que les situations sont complexes… Comme on pouvait lui faire remarquer à l’époque que la guérison de l’homme à la main desséchée aurait pu attendre un jour de plus et qu’entre ne pas guérir et tuer, il y a une marge…

S’interroger

Comme « ils », à la question de Jésus : « Est-il permis de faire le bien ou le mal ? », à son enseignement « aime ton prochain comme toi-même », « aimez vos ennemis », « pardonne », nous pouvons opposer notre refus de réponse qui se traduit, certes, plus souvent par des subtilités de réflexions, des contradictions que par du silence mais exprime aussi toute la dureté de notre cœur. Nous ressemblons aux « ils » de la synagogue. C’est ainsi et il nous faut bien le reconnaître, sans nous culpabiliser : nous sommes juste humains.
Mais Marc nous indique qu’un groupe s’exclut de la synagogue : les pharisiens savent qu’au nom de la loi, il est permis, le jour du sabbat, de s’allier avec les Hérodiens, pourtant reconnus comme adversaires de la Loi, et de comploter pour faire mourir un homme.
Alors, nous, lecteurs ? Restons-nous dans la synagogue avec nos questions, nos incompréhensions, nos contradictions et nos tergiversations mais malgré tout autour de Jésus ? Ou nous excluons-nous avec les Pharisiens au nom de nos certitudes ?

Éric George