L’hypothèse démocratique – Une histoire basque

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CINÉMA

Un film de Thomas Lacoste. Sortie le 13 avril 2022, 2h20.

La lutte clandestine, politique et armée de l’ETA (Euskadi ta Askatasuna : Pays basque et liberté), pour la préservation de la « basquitude » et notamment de la langue basque, a été une histoire stigmatisée de toutes parts, que l’État espagnol comme l’État français ont encore du mal à regarder en face. Ce film propose pour la première fois le récit choral passionnant, réfléchi et mesuré, de la sortie politique du dernier et plus vieux conflit armé d’Europe occidentale. Il retrace l’itinéraire du mouvement indépendantiste basque à travers les témoignages courageux et à visage découvert de nombreux militants et responsables de l’ETA et de la gauche abertzale (patriote), ainsi que ceux d’autres acteurs du conflit : ses victimes, des médiateurs étrangers et les négociateurs de la paix.

Le dispositif d’écoute mis en place ici leur donne le temps de parler à leur propre rythme et de convaincre le spectateur de leur intégrité et de leur bonne volonté. Ils nous plongent dans l’histoire d’un peuple qui, face aux violences à l’œuvre – annoncées par les premiers plans du film sur le Guernica de Picasso –, a su agir sur sa propre destinée. Le spectateur est ainsi tenu en haleine pendant plus de 2h par l’entrecroisement de ces voix et d’images d’archives qui évoquent les grandes étapes du conflit : les premiers attentats contre le franquisme dès 1959 ; le procès de Burgos en décembre 1970 contre 16 militants, dont 6 condamnés à mort ; le terrorisme d’État espagnol des commandos parapoliciers et paramilitaires des années 1983-87 ; les échecs successifs des pourparlers de paix à partir des années 2000 ; le renoncement unilatéral de l’ETA en 2011 à une lutte armée de 40 ans, suivi le 8 avril 2017 de la restitution de son arsenal d’armes.

Il est extraordinaire, dans ces conditions, de constater que, malgré les souffrances endurées par les militants basques et l’hostilité des États espagnol et français qui continuent à les poursuivre, ce ne sont pas les sentiments de haine ou de vengeance qui prévalent chez eux. La fin du film – qui n’est ni un réquisitoire contre l’État espagnol ni une célébration de l’ETA – est émouvante, où la veuve d’un policier tué par l’ETA et la fille d’un militant indépendantiste emprisonné et torturé dialoguent et arrivent, sans qu’on puisse parler de réconciliation, à « partager la douleur ».

Jean-Michel Zucker