La prière, un chemin pour sortir du péché

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Grain de sable

© Pexels de Pixabay

Qu’est-ce que le péché ? Savons-nous encore, en 2022, ce que veut dire ce mot ? Plus important encore : savons-nous ce qu’est le pardon, la miséricorde de Dieu pour nous ? Connaissons-nous la joie d’être, comme David dans le psaume 51, lavés, renouvelés, libérés ?

Dans ce psaume, David ne cherche pas à minimiser sa responsabilité, ni à se trouver des circonstances atténuantes : il a péché, et il le sait. Ce qu’il a fait est grave : rempli de désir pour la belle Bethsabée, il a envoyé au front son mari, Urie le Hittite, et s’est arrangé pour qu’il y soit tué. Dans le psaume, il le reconnaît, en agissant ainsi, il s’est révolté contre Dieu lui-même : « Contre toi et toi seul j’ai péché », s’écrie-t-il. Le péché contre l’autre nous coupe de la source, nous éloigne du Créateur lui-même. « Ma faute est toujours devant moi »,.

Crier vers Dieu

Le péché se dresse entre les autres et nous, il nous enferme, il nous isole. Nul besoin pour cela d’avoir tué ou commis l’adultère. Pécher, c’est se replier sur soi, c’est ne plus être capable de regarder l’autre, de l’entendre, de lui accorder une place ; c’est saturer l’espace.
Ce qui est beau, dans ce psaume, c’est que David, dans l’acte même de prière, est en train de sortir du péché ; il est déjà guéri, déjà sauvé, puisqu’il crie vers Dieu, puisqu’il a besoin de son secours. Et sa prière, en filigrane, nous dit la tendresse de Dieu, sa miséricorde : « Aie pitié de moi, mon Dieu, selon ta fidélité ». Le mot hesed est infiniment plus riche que sa traduction. hesed, c’est tout à la fois la tendresse, la bonté, la fidélité. Et il poursuit : « Selon ta grande miséricorde, efface mes torts ». Le mot désigne ici l’utérus féminin, les entrailles. Le Dieu que nous prions est ce Dieu « pris aux tripes » par l’humain, « pris aux tripes » quand celui-ci s’éloigne, se coupe de Lui, « pris aux tripes », aussi, quand il revient.

Accueillir la vérité

Dès les premiers mots du psaume, nous savons, donc, avec David, que le pardon est offert, qu’il est là, comme une source. Mais ce n’est que le début du chemin, le psalmiste élève la voix et poursuit sa prière. Le pardon n’est pas un sparadrap rapidement collé sur la plaie. Accueillir le pardon de Dieu, c’est un travail, comme une femme entre en travail avant une naissance. Accueillir le pardon de Dieu, c’est lui laisser la place, c’est le laisser faire en nous. « Voici, tu aimes la vérité dans les ténèbres, dans ma nuit, tu me fais connaître la sagesse », poursuit le psalmiste. Le pardon nous visite au plus profond de nous-mêmes. David doit accueillir, au fond de lui-même, la vérité. La sienne, pour que meurt le David idéal, le David rêvé. Mais aussi celle de Dieu : la force de sa présence au cœur même des ténèbres.

Reconnaître son péché

Le résultat ? C’est une nouvelle création. « Crée pour moi un cœur pur, Dieu ; enracine en moi un esprit tout neuf ». Le David d’après l’épisode avec Bethsabée ne sera plus jamais le même homme. Ayant traversé et assumé ses ténèbres, il aura compris qu’il ne se suffit pas à lui-même, et qu’il ne peut vivre que du souffle que Dieu lui donne.
Faut-il reléguer le mot péché au rang des antiquités ? Je ne le crois pas. Nous avons tous besoin de reconnaître notre péché, d’en être délivrés. Et quelle grâce, quelle joie il y a à accueillir le pardon ! David, à travers cette traversée de ses ténèbres, cette acceptation de ses limites et cet accueil du pardon sans conditions de Dieu, a trouvé la joie véritable. Et cette joie nous est promise à nous aussi.

Pasteure Agnès Lefranc