Bethsabée et ” MeToo “

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Du roi David à aujourd’hui
2 Samuel 11.1-26

© Mihai Surdu de Pixabay

Mercredi 8 mars avait lieu la Journée internationale des femmes. Voici l’histoire de Bethsabée, une histoire certes ancienne mais qui est malheureusement toujours d’actualité.

Ça y est, je suis sur #MeToo, pseudo : Bethsabée, adresse mail : BUrie@jerusalem.com, “Racontez votre histoire”…
Cette nuit-là, je dormais mal car j’avais toujours peur que mon mari, parti à la guerre, soit tué. Il faisait chaud, alors j’ai voulu prendre un bain. Sauf que le roi m’a repérée. Que faisait-il là, alors qu’il aurait dû être au front ? Et ce voyeur m’a trouvée à son goût. Il m’a fait amener de force au palais et a abusé de moi. Pour cacher son acte parce que je suis tombée enceinte alors que mon mari était au front, le roi l’a fait tuer. Un crime parfait : il a juste fait placer mon mari en première ligne. C’est un coup ennemi qui l’a tué. J’ai tout perdu, mon mari et mon honneur. Est-ce pour cacher sa honte que le roi m’a épousée ? »

Dieu sait…

Dans la Bible, l’histoire de Bethsabée – la femme d’Urie le Hittite, un étranger – et du roi David ne s’arrête pas là. Ce qui étonne dans le récit du 2e livre de Samuel, c’est que le violeur n’est pas quelqu’un habituellement vu comme un « méchant ». Le roi David est un grand héros de l’histoire biblique, un grand homme de foi choisi par Dieu. C’est un roi qui apporte la bénédiction à son peuple. Il sait parler à Dieu, dire sa plainte comme le louer magnifiquement dans les psaumes. Et ses mots nous servent encore aujourd’hui à prier. Et pourtant, cet homme de foi a dérivé quand il s’est trouvé au pouvoir.
Comment Dieu gère-t-il la situation d’une victime sans défense ? Le récit nous dit que Dieu a vu. Face à l’injustice, la grande nouvelle c’est que Dieu, lui, sait. Et il s’occupe du coupable comme de la victime.
Dieu envoie le prophète Nathan condamner David. Cela amènera David à prendre conscience de son acte et à se repentir. Dieu octroiera alors à David la grâce ne pas mourir de ce crime.
Même quand aucune justice n’est possible devant les hommes, Dieu ne laisse donc pas passer le crime de son serviteur. Mais il n’enferme pas le pécheur repenti dans son acte et lui permet de repartir sur un droit chemin.

… et voit

Ce récit biblique nous apprend aussi plusieurs choses. Toute personne, même très spirituelle, en situation de pouvoir court le risque d’abuser de sa situation. C’est vrai au sein de la famille, au travail, dans l’Église… Il nous faut être vigilants pour nous-mêmes et pour les autres. Ensuite, toute personne victime, sans justice possible, peut prendre conscience que Dieu, lui, a vu et console.
Dieu cherche également à ce que le condamné prenne conscience de son acte et puisse demander un pardon. Il le fait au travers de sa conscience mais surtout grâce à la parole d’autres, comme Nathan. Et puis, nulle personne ne se résume à son crime. Dieu a maintenu David comme roi d’une grande nation.
Le Dieu de la Bible n’est indifférent ni à nos faiblesses ni à nos malheurs. Il sait que nous sommes fragiles : nous pouvons être formidables, ou basculer.
Cette histoire ancienne est malheureusement toujours d’actualité. Elle peut nous permettre de prendre de la hauteur dans nos jugements et surtout espérer en une réelle justice.

Françoise Giffard