Accueillir est un acte spirituel

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L’hospitalité en paroisse

© Angelika Krause

L’accueil est l’une des trois priorités des Églises locales, avec les jeunes et la prédication. La diversité des manières de faire et des résultats répond-elle à des règles d’hospitalité ecclésiale ?

Les Conseils presbytéraux s’interrogent régulièrement sur la qualité d’écoute et la mobilisation des personnes choisies pour ce service. Mais quels que soient les efforts de la communauté, des nouveaux venus peuvent ne pas se sentir accueillis. Car l’accueil semble échapper à la logique, comme s’il était d’une autre nature et même si cela peut paraitre décourageant.

La paroisse accueille

Si les personnes accueillies disent toutes combien l’attention portée à l’autre est importante, dans de nombreux lieux les accueillants parlent avec le visiteur, échangent des informations locales et lui présentent la paroisse. Parfois une formation à l’écoute est intervenue en amont, qui facilite la relation. Mais pour les Églises locales, c’est souvent avant tout la paroisse qui accueille. La communauté est le but de l’accueil et la conversation visera l’intégration la plus parfaite possible du visiteur. Cette description place l’Église au centre de la vie chrétienne et le nouveau venu à l’extérieur.

Dieu accueille

Or les théologies de la Réforme définissent une Église invisible et l’Église visible. Nul ne peut dire qui croit en Dieu et où se situe l’Église, en partie en dehors de ses murs. Le visiteur doit donc être considéré comme un frère qui forme aussi l’Église, même s’il ne la fréquente pas. L’accueillir chez lui serait donc curieux.
Derrière cette affirmation, se cache la conviction que c’est Dieu qui accueille. Le visiteur est accueilli par son Dieu de la même façon que le paroissien venu comme un frère lui souhaiter la bienvenue. Il s’agit donc d’une reconnaissance mutuelle, d’une rencontre entre pairs, d’une égalité de statut, et cela change l’optique du geste d’accueil : aller vers l’autre, c’est se rendre disponible à une rencontre plutôt que de vouloir l’accueillir.
Beaucoup de paroissiens récents citent l’importance de cette rencontre particulière, avant tout due à la disponibilité de chacun à se laisser rencontrer par l’autre. Ainsi compris, l’accueil est une qualité de réception et non le fruit d’une technique. C’est se sentir suffisamment aimé par son Dieu, pour s’ouvrir à l’autre tel qu’il est dans la profondeur de sa vie. Tout peut alors arriver.

Un acte spirituel fort

Bâtir un groupe d’accueil est donc à la fois facile et délicat. Outre la sensibilisation aux gestes de l’hospitalité, prévoir des temps de partage pour évoquer les situations délicates est important. Mais les meilleurs accueillants n’étant pas forcément les mieux formés ni les plus conscients de ce qu’ils font ; le facteur réellement déterminant semble être l’intuition. Chacun a pu faire l’expérience de l’intuition, cette part de soi capable de lire et de s’adapter à l’autre. De même qu’en entreprise un recruteur sait souvent en quelques minutes si un profil convient, ou qu’un parent repère vite la maladie de son enfant, une vraie rencontre ce sont deux intuitions qui s’adaptent et se répondent avant-même les mots.
Ainsi compris, l’accueil mutuel a donc lieu lorsque deux personnes, conscientes d’être aimées de leur Dieu, s’autorisent à laisser parler leur intuition pour se laisser guider vers l’autre et par l’autre. En langage spirituel, il s’agit d’une prière. Former à l’accueil revient finalement à ne pas vouloir forcément accueillir, mais favoriser un état d’esprit, dont la présence pourra être vérifiée dans chaque activité paroissiale.

David Steinwell