Georges Bessis (1915-1945), éducateur, protestant et résistant

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Venu en Bretagne, à côté de Dinan, pour prendre la direction d’une maison de jeunes délinquants, Georges Bessis est arrêté en 1943 puis déporté avec d’autres protestants comme le docteur Hansen et le pasteur Crespin.

Georges Bessis. Le Pays de Dinan 2016 © Robert Basset

Georges Bessis est né le 9 avril 1915 à Casablanca. C’est au Maroc qu’il fait la connaissance du scoutisme unioniste. Il se convertit et s’engage dans le protestantisme. Ses écrits de jeunesse révèlent une personnalité tournée vers le mysticisme, le Christ est son modèle.
Sur le plan professionnel, il travaille dans une étude de notaire et suit des cours de droit le soir.

La Guerre

Georges Bessis va être pris dans le tourbillon des années où la guerre se prépare. Il effectue son service militaire à la caserne Bessières, porte de Saint Ouen, en 1936 (classe 1935).
Après ses deux années de service, il est mobilisé en mars 1939.
Il se marie le 6 novembre 1939 au temple d’Alençon avec Adeline Doranlo, éducatrice de jeunes enfants à Paris, qu’il rencontre dans le milieu du scoutisme protestant.
Sa Compagnie est sur le front de guerre lors de l’attaque des Allemands le 24 mai 1940. La Compagnie est plusieurs jours sous les obus. Il est blessé le 31 mai à Haubourdin. Réformé, il rentre à Paris.

La rencontre avec Jean Jousselin

Dans le milieu protestant, il établit une relation forte avec le pasteur Jean Jousselin, pasteur de La Maison verte en 1941, rue Marcadet dans le 18e arrondissement.
C’est Jean Jousselin qui le baptise en 1941 et qui lui propose alors un poste d’évangélisation, en 1943 avec la Mission populaire évangélique.
Jean Jousselin a créé le Comité protestant des colonies de vacances en 1943 qui permettra d’organiser le sauvetage de 85 enfants juifs. Jean Jousselin sera désigné comme « Juste entre les Nations » en 1980.

Une nouvelle orientation professionnelle

Lever du drapeau à Ker Goat. À gauche, les baraquements des jeunes et à droite, ceux des adultes © Robert Basset

Jean Jousselin, commissaire national des Éclaireurs unionistes et directeur du Centre de jeunesse de Sillery à Savigny-sur-Orge, embauche Georges Bessis dans ce centre. Il travaille avec Jean Laborey au ministère de la Jeunesse dont dépend le centre. Le 3 février 1942, Charles Péan, major de l’Armée du Salut, propose à Georges Bessis de se présenter pour prendre la direction d’une maison d’enfants de jeunes délinquants en Bretagne.
Georges Bessis se rend à Ker Goat, au Hinglé, proche de Dinan, dans le cadre de l’Association pour la sauvegarde de l’enfance et de l’adolescence des Côtes-du-Nord. Il en prend la direction le 11 mars 1942, il a 27 ans.
Rapidement il institue de nouvelles règles et de nouvelles méthodes car à cette époque les faits de maltraitance sont courants dans le milieu de l’éducation des jeunes délinquants envoyés par les tribunaux.

La Résistance

Georges Bessis dirige cet établissement de Ker Goat jusqu’au 2 novembre 1943, jour où il est arrêté pour possession d’un poste émetteur.
Dans le compte-rendu du procès des dénonciateurs d’Erling Hansen et du pasteur Crespin, le 26 juin 1945, il est écrit que ce dénonciateur rencontra Georges Bessis chez le docteur Hansen à Saint-Brieuc.
Il n’a pas été établi formellement que Georges Bessis faisait partie d’un réseau organisé de résistance mais une dénonciation et sa proximité avec le pasteur Crespin de St-Brieuc et avec le docteur Hansen, ont suffi pour procéder à son arrestation.

La déportation

Dans un premier temps, Georges Bessis est détenu à St-Brieuc puis à Rennes jusqu’au 17 janvier. Il est ensuite transféré vers le camp de Compiègne le 22 janvier 44 avant d’arriver à Buchenwald en Allemagne.
Georges Bessis, Erling Hansen et Yves Crespin vont rester très unis jusqu’à leur transfert vers des camps différents.
Finalement Georges Bessis meurt au camp de Theresienstadt le 8 mai 1945. Il sera accompagné jusqu’à sa mort par Jacques Adam qui survivra et pourra ainsi témoigner de ses derniers moments.
À titre posthume, Georges Bessis sera médaillé de l’Ordre de la Libération par décret du 31 mars 1947.

Ker Goat après la guerre

Trois responsables de Ker Goat. De gauche à droite, Jacques Dietz, Roger Riffier (instituteur), et Paul Lelièvre. Le Pays de Dinan 2016 © Robert Basset

Pour Paul Lelièvre, le successeur de Georges Bessis et son adjoint Jacques Dietz, la bienveillance et le chant font partie des nouvelles façons de faire avec les jeunes.
Une chorale est montée et on peut imaginer le déroulement de cette expérience à travers le film La cage aux rossignols en 1944. C’est cette expérience qui sera également la source d’inspiration du film Les choristes en 2004.
Juste après-guerre, la chorale de Ker Goat va acquérir une certaine renommée en Bretagne puis dans toute la France, en Suisse et à la radio. La chorale fait une prestation remarquée à la salle Pleyel à Paris.

Les traces de Georges Bessis dans la mémoire collective

Le nom de Georges Bessis figure sur le monument aux morts de Dinan, une rue Georges Bessis a été donnée au Hinglé (Côtes d’Armor) et le centre de Ker Goat a été nommé Centre d’éducation Georges Bessis-Ker Goat.

Richard Fortat

Blog de Richard Fortat