L’Épiphanie, de la mythologie à la foi chrétienne

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L’Adoration des mages de Gentile da Fabriano (1423) illustre parfaitement ce qu’est l’Épiphanie : les rois mages aux trois âges de la vie représentant l’humanité tout entière qui vient s’incliner devant le Fils de Dieu © Google Art project

Depuis le IIIe siècle et selon le calendrier traditionnel, les chrétiens fêtent l’Épiphanie le 6 janvier. De nombreuses légendes qui remontent au paganisme se rattachent à cet événement. Entre deux bouchées de galette, c’est l’occasion d’y voir un peu plus clair.

Communément appelée le jour des Rois, l’Épiphanie signifie au sens premier la manifestation publique du dieu incarné (du grec épiphaneia, apparition). Le terme existait bien avant le christianisme et cet anniversaire se confondait avec celui de la naissance du dieu, comme pour les cultes d’Apollon ou de Dionysos. Il a fallu quelques siècles et la synthèse de bien des légendes pour aboutir à la fête que l’on connaît aujourd’hui.

Le culte de Dionysos

L’épiphanie de Dionysos était fêtée la nuit du 5 au 6 janvier. Ce dieu originaire de Thrace était très populaire encore pendant l’Antiquité tardive et certaines caractéristiques de son culte attirent l’attention. Dans la mythologie, Dionysos a été démembré par les Titans, réduit en cendres par Zeus pour venger son fils. De ces cendres impures sont nés les Hommes, mais elles ont conservé une parcelle de divinité de Dionysos. Les Hommes qui s’adonneront au culte du dieu ressuscité pourront en échange recevoir une immortalité bienheureuse. Dieu de la végétation (de la vigne dans les contrées de vignobles), Dionysos revient à la vie grâce à la croissance du soleil, c’est-à-dire du solstice d’hiver fixé primitivement au 5 janvier, où de grands feux sont allumés pour appeler ce retour de la lumière. Il fait aussi jaillir cette nuit-là le vin des fontaines, croyance qui s’est maintenue jusqu’à une époque récente dans le Tyrol ou en Flandres en attribuant ce miracle au Christ lui-même.

Les lumières et le monde

Ce n’est qu’au IIIe siècle que la date de l’Épiphanie de Jésus a été fixée, non pas selon la Bible mais en fonction de ce culte ancien de Dionysos, la nuit du 5 au 6 janvier. Il est attesté qu’au IVe siècle, les chrétiens célèbrent la fête aussi bien en Gaule qu’en Égypte ou en Afrique du Nord. Une pèlerine espagnole, Éthérie, s’émerveille à propos « de la joie générale et des pompeuses cérémonies » à Bethléem vers 380. Grégoire de Nazianze (329-390) justifie les rites anciens d’illuminations en expliquant que l’Épiphanie est le jour qui a éclairé l’humanité. Dans la liturgie grecque, il est dit que « c’est aujourd’hui que tu t’es manifesté au monde et que ta lumière, Seigneur, s’est manifestée sur nous ; et en toute connaissance nous t’acclamons en chantant : tu es venu, tu es apparu, toi, la lumière inaccessible ».
Pour illustrer ce message, l’iconographie chrétienne s’est petit à petit affranchie du récit biblique sur les mages venus d’Orient adorer le Seigneur. D’abord coiffés d’un bonnet phrygien à Ravenne (vers 580), les mages deviennent des rois pour mieux montrer que même les plus puissants viennent adorer le Christ. Ce n’est pas encore suffisant : au cours du Moyen-Âge, les rois avec leurs couronnes sont représentés aux trois âges de la vie, comme sur le magnifique retable de Gentile da Fabriano du XVe siècle. On commence aussi à les représenter sous les traits d’hommes blanc, noir et asiatique, qui soulignent l’universalité du message chrétien à tous les peuples du monde connu. Les crèches provençales traditionnelles se font encore les gardiennes de cette tradition dans leurs représentations des mages.
La galette, liée aux rites des Saturnales, n’a rien à voir avec l’Épiphanie. Mais ce jour-là, la tradition commande encore d’avancer les rois mages auprès de Jésus dans la crèche. Le 6 janvier garde ainsi son sens d’apparition du Seigneur au monde.

Anne-Marie Balenbois