Dieu fait alliance

image_pdf
© David Mark de Pixabay

En ces temps de déconfinement, Françoise Giffard s’est penchée sur un texte très ancien de la Bible qui parle d’un confinement suivi d’un déconfinement. Elle a donc relu une histoire bien connue : celle du déluge et de l’arche de Noé (Genèse 6 à 9.19).

Le texte biblique nous dit que le déluge a eu lieu quand les hommes sont devenus nombreux sur Terre et qu’ils se sont mis à agir n’importe comment, sans respect aucun. On peut dire la même chose aujourd’hui : la surpopulation mondiale associée à la surexploitation de la terre font un cocktail qui commence à provoquer des catastrophes majeures.

Un confinement qui dure

Le rédacteur, comme on le faisait en ce temps-là, attribue cette catastrophe à un jugement de Dieu. Aujourd’hui, on sait que l’homme sait malheureusement créer lui-même bon nombre de catastrophes, à cause de son comportement égoïste et non respectueux de la nature.
Dans le récit de la Genèse, cela commence par 40 jours d’un déluge d’eau. 40 : c’est le temps de l’épreuve (pensez aux 40 jours de la Tentation de Jésus). Mais de ces 40 jours d’épreuves, on n’en sort pas comme ça. Car une fois que la machine est lancée, les conséquences sont durables.
La catastrophe sème la mort, sans compter la contagion. Car une fois la pluie tombée, l’eau va continuer à monter, et ce pendant 150 jours, donc presque quatre fois plus longtemps que la catastrophe initiale. Et la seule solution que Dieu a trouvée pour sauvegarder la vie sur Terre c’est le confinement : celui de Noé, sa famille, et des représentants de toutes les espèces, enfermés dans un bateau, pendant déjà 40 puis 150 jours. Puis encore 150 jours pour que les eaux commencent enfin à baisser. Cela fait déjà presque un an. Et Noé est toujours confiné avec sa ménagerie !
Au bout d’un certain temps, l’arche touche enfin la terre ferme. Il faut encore un mois et demi pour que l’on entrevoie le bout du tunnel. C’est très long. Enfin, enfin, les montagnes apparaissent !

Un déconfinement prudent

Et maintenant place au déconfinement !
Pour tous ceux qui espéraient un déconfinement rapide, c’est la déception. Une première attente de 40 jours. De nouveau un temps d’épreuve. On ne s’y attendait pas. Les montagnes étaient apparues et sans doute beaucoup d’espérance avec. Mais le déconfinement tant attendu peut être aussi un moment difficile et plein de questionnements. Certains de nos concitoyens en ce moment sont par exemple victimes d’un syndrome : celui de la cabane. Être confinés, c’est contraignant mais on se sent en sécurité. Sortir vers une vie qui apparaît tout à coup pleine de risques peut faire peur. C’est vrai après n’importe quel confinement, hôpital ou prison par exemple. Ou alors, on est très impatient, trop impatient. Et cette attitude peut être dangereuse. L’approche de la fin d’une grande épreuve peut être aussi une épreuve.

Mais le déconfinement de Noé se poursuit à son rythme. Il fait des premiers tests avec des lâchers d’oiseau. C’est un peu son « Covid tracker » à lui pour évaluer la situation. Et enfin un jour, une colombe revient avec une feuille d’olivier dans son bec. Bon signe ! Mais Noé n’ouvre pas encore les portes. Il attend encore sept jours et lâche à nouveau la colombe et cette fois-ci la colombe ne revient pas. C’est le signe que la catastrophe est finie et que la vie est vraiment repartie. Mais Noé attend encore presque deux mois pour s’assurer que la terre est complètement sèche. Dans l’arche, tous devaient bouillir d’impatience !

Dans toutes catastrophes, personnelles ou collectives, il y a un temps de crise aigüe, puis le temps des conséquences de la crise, puis les choses se calment doucement. Et il ne faut surtout pas chercher à aller trop vite, pour que la vie reprenne bien, pour retrouver le cours des choses.

Une vie pas tout à fait comme avant

Enfin c’est fini. Ils sortent de l’arche. Et Dieu donne à Noé et à sa famille le même ordre que celui donné à Adam et Ève : « Multipliez-vous et remplissez la terre ». La vie repart comme avant, mais pas tout à fait.
Des différences apparaissent. La première est assez inattendue. L’homme, précédemment végétarien, se met à manger de la viande. Mais Dieu met une limite. Carnivore oui, mais dans le respect de la vie animale. Un point qu’on oublie trop souvent. Car nous nous croyons tout-puissants et refusons les contraintes et les limites.

Ce que le texte nous dit surtout, c’est qu’après toute crise majeure, nous faisons inévitablement des changements, parfois très importants, dans nos vies. Et il nous faut veiller à ce qu’ils soient bien orientés, non vers la mort mais toujours dans un respect fondamental de la vie. Notre vie actuelle repart : c’est le moment de nous interroger sur nos modes de vie et de consommation.

Une autre nouveauté est de la plus grande importance : Dieu décide de faire alliance avec les hommes. C’est une alliance où Dieu seul s’engage. Dans les futures catastrophes, il promet de sauvegarder malgré tout la vie.
Cela s’appelle la grâce. La grâce c’est la main tendue par Dieu vers les hommes malgré toutes leurs actions mauvaises et leurs conséquences parfois terribles. La grâce, c’est Dieu qui pardonne et veut sauver chaque être humain et lui permettre de vivre de la vraie vie. Dieu veut la vie des hommes, une vie positive malgré toutes nos tendances négatives qui nous tirent vers le bas.
Et l’arc-en-ciel devient alors le symbole de la grâce.

Que retenir ?

40 c’est le chiffre de l’épreuve. Nous pouvons être amenés à vivre des confinements variés, physiques, psychologiques, sociaux. L’épreuve peut devenir le temps de l’introspection, celui du changement profond. C’est le temps qui peut nous amener à changer notre image de Dieu, à passer du Dieu qui punit les hommes à cause de leur méchanceté, comme beaucoup de civilisations l’ont pensé, au Dieu de la Bible qui fait alliance avec les hommes, au Dieu de la vie et de la grâce.

Françoise Giffard