Une idée de promenade… sur les traces du protestantisme à Poitiers

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Plan de Poitiers © copie d’écran

La venue de Jean Calvin à Poitiers durant deux à trois mois l’été ou l’automne 1534 et l’importance de la communauté gagnée par ses prédications font de la ville une des toutes premières pour l’histoire du protestantisme français.

Les milieux de l’université, des juristes, des élites des commerçants adhèrent largement à la nouvelle doctrine. Il est parfois difficile pour le visiteur d’aujourd’hui de trouver des traces matérielles dans le paysage urbain. À la fin des guerres de religion, particulièrement violentes dans la région, Poitiers devient un bastion catholique face à La Rochelle réformée. Suite aux abjurations, persécutions et fuites vers des cieux plus accueillants, le nombre des fidèles réformés de Poitiers décroît fortement. 

L’hôtel Jean Beaucé, 1 rue Lebascle (1)

L’hôtel Jean Beaucé © Monique Béraud

Ce riche négociant de soie fit construire un hôtel particulier en 1554, bel exemple de la seconde Renaissance. En tant que juge et conservateur des privilèges de l’université, il acquit vite un rôle important au sein du groupe des premiers disciples. En 1558, s’était tenu dans cet hôtel un colloque fondateur sur la doctrine de la prédestination et la « Discipline » inspirée des idées de Jean Calvin pour créer une plus grande unité. En 1561, cet hôtel accueillit également le second Synode national après celui de Paris.
Après le pillage des églises de la ville en 1562 par les troupes du sire de Grammont, tous les reliquaires et vases liturgiques furent fondus dans les dépendances de la maison de Jean Beaucé pour récupérer les métaux précieux et en faire des lingots.

Le collège Henri IV, 1 rue Louis-Renard (2)

Calvin a prêché dans les caves du collège Sainte-Marthe qui existait avant le collège Henri IV fondé par les Jésuites au début du XVIIe siècle. Ce collège universitaire était fréquenté par les enseignants qui furent les premiers à s’engager en faveur du réformateur.
Celui-ci aurait également rassemblé ses auditeurs au lieu-dit « La Fontaine au pape » près du pont Joubert, dans des jardins au bord du Clain… Cette tradition est plus crédible que celle des grottes en bord du Clain en amont de la ville comme lieu de prédication, mais le toponyme de la « Grotte-à-Calvin » existe bien, sans doute fréquentée bien plus tard par ses disciples en quête de lieux discrets.

Le Doyenné Saint-Hilaire, 2 rue du Doyenné (3)

En septembre 1577, le roi Henri III promulgue au Doyenné Saint-Hilaire l’Édit de Poitiers qui diminue les droits des réformés, en accordant le droit de culte uniquement dans les faubourgs et dans les lieux qu’ils occupaient auparavant.

Le cimetière rue de Blossac, n°15-17 (ancien cimetière Saint-Grégoire) (4)

Ce cimetière réservé aux huguenots après l’Édit de Nantes se trouvait près de l’église Saint-Grégoire, à côté de l’actuel hôtel Gilbert devenu tribunal administratif. Mais ce cimetière proche du nouveau couvent capucin à qui l’église avait été donnée est saccagé en 1610 et 1621 par les élèves des jésuites. Gaston Dez dans son livre Histoire de Poitiers (tome X des Mémoires de la société des antiquaires de l’ouest, éditions Delattre) signale un transfert après cette date. Le-dit cimetière se retrouve au Nord du Pré-l’Abbesse en 1787, lors de l’édit de tolérance accordé par le roi Louis XVI.

La porte des Augustins © Monique Béraud

La porte des Augustins, 9 rue Victor-Hugo (5)

En 1561, durant une quinzaine de jours, les protestants occupent l’église des Augustins. De celle-ci, il ne reste que la porte de Jean Girouard (v.1670), remonté à l’entrée du musée Rupert-de-Chièvres. Le couvent des Augustins donnait sur la place d’Armes (du maréchal Leclerc de nos jours).

 

Le temple, 5 rue des Écossais (6)

Le temple © Élisabeth Renaud

L’édifice néogothique datant de 1874 est détruit pendant les bombardements de la gare dans la nuit du 13 juin 1944. Seule la Bible est retrouvée intacte. Il faudra attendre 1951 pour que soit inauguré le nouveau et actuel temple.
Le premier temple, celui des Quatre-Piquets, près du hameau de la Blaiserie, aujourd’hui rue Rique-Avoine, construit après la publication de l’Édit de Nantes promulgué en Poitou en février 1599, a disparu. Son nom viendrait des piquets fichés en terre pour délimiter l’emprise au sol du bâtiment. Il sera démoli à la révocation de l’Édit de Nantes en 1685. Sa destruction a non seulement effacé l’édifice mais aussi la mémoire du lieu exact. Une partie du mur d’enceinte est peut-être encore conservée…

 

 

 

Notre-Dame-la-Grande, 15 Place Charles de Gaulle (7)

Notre-Dame-la-Grande © Stéphane Griffiths
Façade de Notre-Dame-la-Grande © Monique Béraud

La façade de la collégiale Notre-Dame-la-Grande, comme celle de la cathédrale, conserve les stigmates de l’iconoclasme qui s’est déchainé en 1562 : la plupart des têtes des statues a été mutilée, celle de Constantin sur le porche roman a été détruite, ainsi que bien des « images » -tableaux en particulier- Au XVIIe siècle les églises furent à nouveau meublées : aussi, la Vierge des clés a-t-elle été refaite. Signalons à propos de cette église que l’affirmation que sa chaire du XVIIe siècle, était celle du temple détruit est fausse. Il s’agit en fait de celle du couvent des Filles Notre-Dame.
Quand la ville est reprise par les catholiques après les pillages, le maire protestant Jacques Herbert est pendu sur la place Notre-Dame.

 

Rue des Basses Treilles (rue de la Marne) (8)

Calvin est reçu également chez le lieutenant général de la sénéchaussée, mais le contre-réformateur et historien Florimond de Raemond ne donne pas le nom de ce lieutenant général, peut-être de Sainte-Soline habitant rue des Basses Treilles.
Le thème des grottes, jardins, des prédications clandestines dans des endroits retirés cadre mal avec la protection accordée par ce haut personnage.

Le musée Sainte-Croix, tableau de François Nautré (9)

Cette vue de la ville au moment du siège complète la visite des Dunes. Le tableau réalisé par François Nautré en 1619, cinquante ans après les événements, offre un document exceptionnel.  Il restitue avec précision la « ville aux cent clochers » et illustre les épisodes les plus marquants des sept semaines de combat. Au premier plan, deux cavaliers sont accueillis par Gaspard de Coligny : Henri de Navarre, le futur Henri IV, son cousin Henri Ier, prince de Condé.

Le chevet de la cathédrale, 1 place de la Cathédrale (10)

Le mur du chevet porte des impacts qui seraient la trace des boulets de canon envoyés par les armées de Coligny depuis les Dunes. Ces impacts se trouvent dessous les vitraux heureusement demeurés intacts.
Par contre, non loin, au 79 de la Grand-Rue, sur la façade arrière de la maison, un boulet est resté fiché dans le mur de la tourelle d’escalier.
En 1543, Calvin évoque dans son traité des reliques « les barbes de saint Pierre » que la cathédrale de Poitiers « se targuait de conserver » … pour dénoncer la superstition de telles croyances.

Le quartier des Dunes, le rocher de Coligny (11)

En montant l’escalier face au pont Joubert, on accède au site du plateau des Dunes qui offre un panorama d’ensemble sur le revers oriental du plateau, magnifique point de vue urbain.
L’armée huguenote de l’amiral de Coligny assiégea Poitiers en 1569 : il tenta en vain de prendre la ville. Ses artilleurs avaient posté leurs canons sur ces falaises dominant le Clain et tentaient de faire une brèche dans les murailles. Les Poitevins avaient inondé les prés entre le pont Joubert et le pont de Rochereuil : la largeur de la vallée inondée protégeait mieux la ville des éventuelles incursions.
Non loin de l’actuelle table d’orientation, on remarque un curieux rocher taillé qui lui servait, dit-on, de poste d’observation et le cachait aux yeux des assiégés, d’où le nom encore employé de « Cuirasse de Coligny ».

Monique Béraud, guide conférencière

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