De l’autre côté des murs, suite

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Dessin réalisé par un détenu © DR

Voilà dix ans passés que Jacques Hautbois faisait ses premiers pas d’aumônier dans les couloirs du centre de détention de Nantes. Aujourd’hui, il parle de mettre un terme à sa fonction. Il nous livre ici un écho de ce qu’il a pu y vivre pendant toute cette période.

Quand le pasteur de l’Église m’a sollicité pour cette fonction, j’étais heureux de pouvoir faire quelque chose explicitement au nom de Jésus-Christ et, rétrospectivement, j’ai été émerveillé de voir combien le Seigneur pouvait, pour le service, régler les choses à l’optimum jusque dans les plus petits détails matériels, pour me simplifier la vie.

Une relation d’aide

Avant la crise de la Covid, les aumôniers étaient de grands privilégiés du milieu carcéral : les seuls étrangers à l’administration pénitentiaire pouvant circuler (« relativement librement » !) dans la détention. J’ai ainsi rendu des visites régulières à des détenus, dans leurs cellules à raison d’une demi-journée par semaine (de deux à quatre heures de présence effective). La fonction comprend bien sûr aussi l’animation de réunions (animation biblique ou culte). Aux yeux de l’administration la fonction est exclusivement cultuelle mais pour nous elle tient beaucoup aussi de la relation d’aide où j’ai (trop souvent) eu le sentiment de ne pas être très bon ! Je me souviens de cet homme, catholique de tradition, visité régulièrement et que nous voyions sombrer dans une inexorable dépression à six mois de sa sortie (après une détention de l’ordre de la décennie) … Un jour on nous a annoncé son suicide… !

Un petit gravier

Mais, ne soyons pas trop négatifs. Je pense à une autre personne en grand danger de désespérance ; mes collègues comme moi, nous étions inquiets. Le Seigneur a bien voulu agréer nos gestes et entendre notre prière ainsi que celle du groupe d’intercession de l’Église, toujours prêt à nous soutenir. Cet homme a retrouvé goût à la vie ; c’est une joie, sûrement trop égocentrique mais réelle, d’entendre sa reconnaissance. Ici, c’est l’occasion, justement, de remercier ces collègues (Luc et Karine) ainsi que le groupe de prière.

Un dernier exemple fameux : un monsieur, condamné à perpétuité que nous avons croisé à Nantes alors que sa détention flirtait avec les 20-25 ans… Est-ce le Seigneur ? Est-ce la chance ? J’ai eu le privilège d’apporter un tout petit gravier (l’adresse d’une ferme de réinsertion) qui (avec d’autres éléments, dont la présence du Seigneur dans sa vie) lui a permis de sortir. J’ai toujours des nouvelles de cet homme : aujourd’hui presque 80 ans, il est comblé par l’amour d’une femme.

Jacques Hautbois

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