La communauté se fonde sur l’absence

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© Anemone123

De l’Ascension à Pentecôte s’ouvre une période particulière de l’année liturgique, où Jésus n’est plus présent et l’Esprit pas encore. Cette expérience d’absence et d’accueil de l’autre fonde le sens du mot Communauté.

Au chapitre 16, l’évangile de Marc se terminait à l’origine très vraisemblablement sur la découverte du tombeau vide par des femmes venues embaumer un mort. Confrontées à l’absence réelle de ce qu’elles attendaient, elles s’enfuient loin de ce qu’elles ne peuvent concevoir.

Être confronté à l’absence

Sans doute les rédacteurs postérieurs ont-ils comblé ce sentiment de peur de se retrouver devant le vide, en mettant en scène les apparitions de Jésus avant qu’il ne soit enlevé de la vue des disciples. Reste que cette expérience d’absence est relatée dans tous les textes y compris le livre des Actes, soit par le biais du tombeau ouvert soit par un récit de l’Ascension. Ces deux événements marquent le temps d’une manière particulière, quand l’être humain se retrouve confronté à l’absence absolue d’une personne, ou de ce qui avait fondé son espérance. Quiconque a vécu un deuil sait le temps nécessaire à se rendre compte de la réalité du vide, avant que ne s’installe éventuellement une autre forme de présence plus diffuse, que l’on pourrait appeler la mémoire vive.

 Faire communauté

Ce moment initial d’hébétude puis de sensation de manque, pousse tout naturellement à partager son expérience, les souvenirs qui s’invitent sous l’effet de la souffrance, ses émotions. Cela appelle la constitution d’une sorte de communauté de ceux qui ont vécu quelque chose de semblable et sont poussés à le partager.
Une communauté du manque. Le terme peut paraître négatif, mais il peut englober l’évocation de celui qui n’est plus là, comme le désir d’espérer ou de renforcer les liens entre les membres du groupe. Le livre des Actes mentionne ce type d’assemblée après la mort de Jésus, regroupant les disciples, Marie et d’autres pour prier.

 Vivre la communauté

Le premier signe d’une reprise de la vie quotidienne dans cette communauté est le fait de gérer les questions qui se posent au groupe pour le conforter, le renforcer. L’élection de Matthias en remplacement de Judas en est un exemple typique. Il s’agit d’une part de combler le manque et d’autre part de trouver des moyens pour avancer. En Actes 1, la désignation se fait par une prière d’appel à l’Esprit-Saint, puis par un tirage au sort surprenant. Non pas que la prière soit inefficace, mais la communauté choisit son mode de fonctionnement pour concrétiser le choix. La communauté se rassemble et se vit dans des gestes, une ritualisation, des décisions.

Être communauté

Outre les aspects d’évocation et de vie quotidienne, la communauté vit une troisième dimension, celle d’être appelée. Jusque-là, elle était le fruit de la volonté ou du besoin de ses membres de se rassembler eux-mêmes et cultiver d’une certaine manière ce qui les unissait. La Pentecôte marque le mouvement inverse et ouvre à l’altérité radicale. « Il se posa une langue de feu sur chacun d’eux… ils se mirent à parler différentes langues ». La communauté n’est plus alors constituée de personnes soucieuses de faire corps, mais de ceux qui reçoivent un feu extérieur capable de les envoyer vers une compréhension d’autrui, quelle que soit la langue qu’il parle.
Cette communauté de l’altérité, dont les membres sont fondés par une expérience qui les dépasse et appelés à rencontrer des personnes qu’ils ne connaissent pas, c’est pour Paul l’accomplissement même de la vie communautaire. La Pentecôte est alors expérience de la radicalité de l’autre, de la rencontre non maîtrisée, d’une Église qui ne s’appartient pas, d’une absence habitée.

David Steinwell