Islam de France, publication d’une charte

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Ce texte ouvre un chemin de réconciliation entre islam et République française. Ici la grande mosquée de Paris © Commons wikimedia

La Charte des principes adoptée par le CFCM clame la « compatibilité » de l’islam avec la République et rejette les « courants extrémistes ».

Les réactions qui ont immédiatement suivi la publication par le Conseil français du culte musulman (CFCM) de la « Charte des principes pour l’islam de France » ont révélé l’importance de l’événement. Flambée de tweets plus virulents les uns que les autres d’un côté, vibrantes salutations pour cette « écriture d’une page importante de l’histoire de France » (art.1) de l’autre, il y aura un avant et un après la Charte.

Vers une réconciliation

Là où une partie de l’islam de France suspecte une allégeance insupportable de la religion à l’État, doublée d’une intrusion malsaine de l’État dans les affaires de la religion, les signataires, comme nombre d’acteurs du dialogue islamo-chrétien, identifient au contraire dans ce texte l’ouverture d’un chemin de réconciliation entre islam et République française. Comme la loi de séparation de l’Église et de l’État en son temps, la Charte pose un acte historique, celui d’une volonté de vivre ensemble dans le respect de chacun et la liberté de tous. Elle offre à l’islam de France la possibilité de sortir de l’ère de la tolérance pour entrer dans celle de la reconnaissance.
Mon attention s’est portée sur deux articles : l’article 4 qui aborde la question brûlante de l’égalité homme-femme et l’article 5 (« La Fraternité ») qui évoque la question de l’apostasie (takfir).

Un rappel de la règle d’égalité

À propos des inégalités dont la femme est souvent victime, la Charte établit clairement une différence entre les pratiques culturelles ou traditionnelles, « prétendument musulmanes », et l’enseignement coranique qui établit la stricte égalité. Ces niveaux d’autorité entre Coran, Tradition (Sunna) et cultures régionales sont souvent mal appréhendés parmi les pratiquants. Même si la Charte ne précise pas les fronts sur lesquels il faudra combattre pour que cette égalité devienne effective, il y a là une belle avancée.
Si le rejet de toute forme d’exclusion raciste, sexiste et homophobe est clairement affirmé, la question de l’apostasie semble plus délicate. Elle est un point de fitna (discorde) au sein de l’islam de France qui nécessite dialogue avec les courants les plus conservateurs.

Pierre Lacoste,
Président de la commission des relations avec l’islam de la FPF