Un nouveau commencement

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© Jean-Michel Vincelot

Dans le texte de Marc 10.32-45, il faut discerner non pas une fin mais un nouveau commencement, une nouvelle Pâque, une œuvre de salut…

Curieux décalage entre Jésus qui, montant à Jérusalem, explique sa passion sans en cacher les détails – la mort certes, mais aussi l’humiliation, la torture, la violence physique et morale – et ces deux frères qui sautent par dessus cela, en voulant se projeter directement dans la gloire de leur maître, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche. Et qui persistent dans leur demande avec autant d’insistance que de naïveté.

Des révélateurs

Du reste, le décalage n’est pas uniquement avec eux, car si les dix se fâchent contre leurs condisciples, c’est simplement, ne soyons pas dupes, parce que ces derniers ont l’audace de demander tout haut ce que tout le monde désire tout bas ! Ce sont finalement les révélateurs du désir humain, dans ce qu’il a de naïf et vain ou parfois de dangereux et meurtrier.
Si Marc met dans la bouche de Jésus ces paroles annonciatrices, c’est certainement pour éviter que la passion et la croix ne passent pour un simple accident, qui aurait pu et même qui aurait dû être évité. Il s’agit de dire que non seulement c’était prévu, mais en plus que c’était voulu : il s’agit d’un don, le don que Christ fait de lui-même pour la multitude. Le lecteur doit comprendre ce point central : il n’y avait pas d’autre fin possible parce que c’est le cœur du ministère de Jésus.

La foi seule

Il ne faut pas que le lecteur se réjouisse avec la foule qui acclame son roi à l’entrée de la ville sainte, alors que le crucifié se tient incognito à l’intérieur de l’éclat trompeur, ni qu’il pleure le fait que cette même foule l’abandonne à la mort quelques jours plus tard. Non, il faut que le lecteur mesure et médite ce décalage que seule la foi permet de transformer. Car seule la grâce du Dieu de Jésus-Christ permet, malgré cela, l’accueil auprès de lui.

Thibaut Delaruelle,
Pasteur à Nice