Napoléon et les protestants

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2021 marque le bicentenaire de la mort de Napoléon Ier. L’occasion de se souvenir que c’est lui qui a établi la liberté de culte pour les protestants, étape essentielle d’un très long processus qui a pris près d’un siècle au total.

Bonaparte en uniforme de Premier consul, par Jean-Auguste-Dominique Ingres © Domaine public

Les Français pensent souvent que c’est la Révolution qui a rétabli les protestants dans leurs droits. C’est aller un peu trop vite. En réalité, après la Révocation de l’édit de Nantes, il y a d’abord eu l’édit de Tolérance signé par Louis XVI en 1787. Par celui-ci, le roi a redonné une existence légale aux protestants en permettant l’inscription de leurs naissances, mariages et décès sur des registres d’état civil. Ensuite, c’est le célèbre article dix de la Déclaration des droits de l’Homme de 1789 qui stipule que « nul ne sera inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public ». La période révolutionnaire, largement anticléricale, n’ira pas au-delà de cette « liberté de penser ».

Un retour au temple

Napoléon Bonaparte, alors Premier Consul, décide de régler l’exercice des religions en France. Il signe un nouveau Concordat avec l’Église catholique et établit, par les articles organiques en 1802, l’organisation des autres religions présentes en France à l’époque, juive et protestante. Pour cela, il s’est soigneusement enquis de savoir si le judaïsme comme le protestantisme sont prêts à reconnaître la supériorité des lois françaises sur le dogme. Apprenant l’existence du séminaire de Lausanne, le seul qui formait les pasteurs français, il exige que ceux-ci fassent désormais leurs études en France. Le lieu choisi est Montauban (ancienne place de sûreté protestante) fondé sur décret impérial en 1808, le temps de mettre au point les modalités administratives.
Par les articles organiques, les pasteurs sont payés par l’État, une Église locale peut compter jusqu’à 6 000 personnes, dont les 25 chefs de famille les plus imposés sont automatiquement membres du consistoire. À Paris, les réformés sont autorisés à racheter trois anciennes chapelles catholiques : Saint-Louis du Louvre (remplacé après sa démolition par l’Oratoire), Sainte-Marie (Le Marais) et Pentemont. Un consistoire luthérien sera reconnu en 1808 avec l’attribution des Billettes, deux pasteurs et 12 membres du consistoire. Napoléon, devenu empereur en 1804, ne peut se résoudre à autoriser la tenue des synodes, pourtant essentiels dans le fonctionnement des Églises, mais qui ont un parfum un peu trop démocratique. Les régimes suivants se montreront tout aussi réticents : il faudra attendre 1872, juste après l’instauration de la IIIe République et sous la pression notamment de Guizot, ancien ministre de Louis-Philippe, pour que le premier Synode puisse enfin se réunir, dans le grand temple parisien tout neuf du Saint-Esprit, rue Roquépine.

Une juste reconnaissance

Lorsque Napoléon prend le chemin de l’exil en 1815, les protestants pourront d’autant plus le regretter que s’abat la Terreur blanche, où certains royalistes revenus au pouvoir se vengeront sur leurs adversaires et sur les huguenots, en particulier dans le Midi.
En cette année du bicentenaire de la mort de Napoléon, nul doute que les historiens vont faire bénéficier le public de l’avancée de leurs recherches. Ces dernières décennies, les publications étaient plutôt critiques, insistant notamment sur la saignée démographique et l’autocratisme de l’empereur. Cela ne doit pas nous empêcher de voir aussi ce que Napoléon a apporté de positif. Les protestants ont pu, au cours du XIXe siècle, reprendre leur place dans la société française, construire des temples, former des pasteurs et vivre leur foi en paix.

Anne-Marie Balenbois