Paraboles dans un jardin

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© annawaldl de Pixabay

Grain de sable

Ce texte est paru en mars 1989 dans le mensuel Échanges de la région PACA, où durant quatorze ans le pasteur Piado assura la chronique « La vie et la foi ».

 Il arrosait son jardin. « Tu vois, je fais Dieu » il a dit. L’eau courait le long des légumes. Parfois, d’un coup de piochon, il l’aidait à couler. Je l’ai fait languir avant de poser la question qu’il attendait :
Alors comme ça, tu fais Dieu ?
Hé oui, puisque j’arrose. Tu as lu les prophètes ? L’eau dans le désert, l’eau qui fait reverdir… c’est le don de Dieu, sa façon de donner de la vie et de faire venir les récoltes.

La force de l’eau

Là, Antoine parlait selon son cœur. Dans mon pays séché de soleil, on sait de naissance que l’eau est merveille et bénédiction. On la connaît aussi violente et méchante. Jésus a bien raconté le vent, la pluie, le torrent qui se rue sur la maison… mais au grand sec de l’été, l’eau est un miracle. Aussi, j’aime les jardins du soir où elle coule en fraîches rigoles.
« Cette force de l’eau, disait Antoine, elle se glisse partout et, après, montera en verdure ». Il remuait la terre, dirigeait le courant vers les tomates en le détournant des poireaux. Près des salades, l’eau d’une rigole s’étendait en mare sur le chemin. Des feuilles avaient formé barrage. Antoine est allé les écarter. Il marmonnait : « Des barrages, on s’en fait aussi, nous autres… on n’aime pas toujours que l’eau de Dieu nous apporte du frais… ».
J’arrose mes légumes pour qu’ils poussent mieux et Dieu, tout pareil, travaille sur moi. Il revenait vers moi en parlant plus clair.

Un autre moyen de prendre force

Bon ! Je laisse boire mes salades. Les melons attendront… Dis, as-tu pensé aux manières de Dieu pour prendre soin de nous tous ? Un peu plus d’eau par ici, moins par là… L’un gagnera en vigueur, l’autre sera un peu privé mais apprendra peut-être quelque chose, c’est un autre moyen de prendre force…
– Et quand tu joues avec ton eau et ta pioche, tu te vois Dieu !
– Je vois comment il fait avec moi. J’arrose mes légumes pour qu’ils poussent mieux et Dieu, tout pareil, travaille sur moi pour que je grandisse. Il me fait boire sa vérité ou me laisse un peu sécher, au bon moment il fait couler de sa vie pour me faire porter du fruit… il m’arrose quoi !
– Attention ! Tu marches dans ta rigole ! Tu fais une belle bouillasse…
– Et après ? Ça prouve que je suis un terrien et pas le Dieu du ciel. Je piétine dans la boue, moi.

Une parabole à écrire

Antoine les pieds dans la boue devant Dieu… un tableau à peindre ! Ou une parabole à écrire : « Un homme pataugeait devant Dieu… ».
« Tu es trop bête, mais tu me donnes une idée. Une parabole du jardinier qui arrose dirait bien comment Dieu s’y prend pour nous donner de la vie et de la vigueur. Et les pieds dans la boue, on en ferait une parabole qui explique Noël : pour mieux amener sa vie jusqu’à nous, Dieu a envoyé Jésus piétiner avec nous dans la bouillasse que notre bêtise fait sur la terre. Tu vois ? Dès que tu regardes bien, la vie t’en fait comprendre des choses ! ».

Piado, alias Maurice Pont, pasteur (1919-2010)