L’Église unie du Canada, une diversité unitaire

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Temple de l’Église unie de Belle-Rivière, Sainte-Scholastique, Québec © DR

Le Canada actuel naît largement de l’indépendance des États-Unis en 1776, qui a contraint le Royaume-Uni à concentrer son influence sur un territoire jusque-là peu distinct de ses colonies américaines et sujet à des rapports conflictuels avec la Nouvelle-France.

Le Haut-Canada – la province de l’Ontario pour faire simple – renforcé par l’arrivée des colons loyalistes refusant l’indépendance américaine, devient la base de l’expansion britannique vers l’ouest, à travers les immenses prairies jusqu’aux Rocheuses et à l’Océan Pacifique. La construction d’un réseau ferroviaire au XIXe siècle est l’un des premiers ciments d’une unité et d’une autonomie canadienne naissante sous la tutelle anglaise.

Des rapprochements entre les Églises

Le paysage religieux, nous l’avons vu dans un premier article, s’inscrit alors dans ce contexte anglo-saxon de pluralisme protestant, ce qui n’exclut pas d’autres confessions chrétiennes nourries par l’immigration, notamment irlandaise ou slave. Mais l’immensité de l’espace canadien – le second État du monde par sa superficie – provoque une dispersion des communautés, isolées par des distances considérables dans les provinces du Manitoba, de la Saskatchewan et de l’Alberta. La rudesse des conditions de vie y génère alors des solidarités et des rapprochements entre Églises protestantes de dénominations différentes pour ne pas dire rivales au départ : ce sera le mouvement des Églises d’union locale.
Cette démarche rejoint d’autres tendances, comme celle d’un œcuménisme protestant affirmé lors de la Conférence missionnaire d’Édimbourg en 1910 : les nouvelles Églises d’outre-mer ne sont pas forcément désireuses de reproduire les divisions européennes, et au Canada une démarche unitaire va dans le sens d’une plus grande autonomie vis-à-vis de la métropole anglaise. La guerre de 14-18, si elle ralentit le processus d’unification, le rend encore plus légitime du fait de l’engagement militaire de la nation canadienne, désormais plus solidaire que sujette de la Couronne britannique.
C’est ainsi que se constitue en 1925 l’Église unie du Canada, de la fusion (partielle) des Églises méthodistes, presbytériennes (calvinistes), congrégationalistes (autonomes) et d’union locale. Elle reste jusqu’à aujourd’hui la première Église du Canada forte de 2500 paroisses.

Une Confession de foi

On imagine sans mal que, au-delà des institutions, l’unité est une construction de longue haleine, et ce, dans un pays où les particularismes provinciaux restent forts : le Canada est un état fédéral et il y a loin entre les atlantiques Terre-Neuve ou Nouvelle-Écosse et la Colombie britannique très ouverte sur l’Asie-Pacifique.
D’où une relative capacité à faire coexister les différences et à accepter le risque de l’évolution. La preuve en est donnée par la créativité théologique de l’Église unie du Canada qui s’est dotée en 1925 de « Principes d’union » reformulés en 1940 ; d’une Confession de foi en 1968, modifiée en 1980 et 1994 ; auxquels s’est ajouté un texte d’explication étonnement poétique en 2006 « Notre foi chante »…
Dans cette démarche, ces textes ne se veulent pas des barrières dogmatiques mais bien davantage des poteaux balisant un chemin de foi, en lui donnant des repères et une orientation.
Un chemin qui peut être semé d’obstacles douloureux. Ainsi, l’Église unie du Canada est confrontée depuis trois décennies au rôle qu’elle a joué dans la discrimination envers les autochtones (Amérindiens) et la maltraitance de leurs enfants dans les « pensionnats indiens » qu’elle gérait par délégation de service public. Un travail difficile de repentance et de réparation a été entrepris dans l’esprit des démarches initiées en Afrique du Sud avec la commission vérité et justice de la fin de l’apartheid. Il n’est pas sûr que les Églises européennes de toutes confessions soient allées aussi loin dans l’examen de leur action au moment du colonialisme…

La reconnaissance d’une histoire

Temple de l’Église unie Pinguet, Saint-Damase-de-L’Islet, Québec © DR

L’inclusivité est l’orientation actuelle majeure de l’Église unie du Canada refusant le raidissement fréquent face à la sécularisation et au délaissement des Églises historiques par la population. Ouverte de façon pionnière aux femmes (première femme pasteure en 1936 !), aux homosexuels (admis au pastorat en 1988), aux minorités ethniques (dans un pays d’immigration), aux mutations sociétales et au respect de la création, l’Église unie du Canada butait de longue date sur la question du bilinguisme en son sein. Les protestants francophones étaient habitués à devoir fréquenter des paroisses anglophones, au mépris du respect d’une identité linguistique pourtant reconnue par la Constitution canadienne. Après de longues péripéties et négociations, une étape récente est franchie avec la constitution en février 2019 de la Table des ministères en français, structure autonome reconnue par le Conseil général (équivalent de notre Synode national) de l’Église unie du Canada. Le mince troupeau francophone obtient ainsi la reconnaissance d’une histoire protestante pluriséculaire sur les bords du Saint-Laurent et entend bien vivre son avenir de foi… en français.
En 2020, comme partout dans le monde, la pandémie de Covid a bouleversé le fonctionnement des communautés de foi de l’Église unie, soumises à des confinements et à diverses restrictions de rassemblement et de circulation. Mais voulant être au plus près de ses fidèles dans une période d’angoisse et de souffrances, elles ont eu immédiatement recours aux moyens numériques pour maintenir les cultes. Dans un pays aussi vaste et soumis à de rudes hivers, l’Église avait très tôt compris l’intérêt de ces techniques pour des réunions ou des formations en « distanciel » reliant des personnes séparées par des centaines de kilomètres. La visio a donc rapidement rythmé l’activité des Églises locales francophones, non sans susciter des débats : les « frontières » des paroisses (dont une est entièrement numérique) qui peuvent s’ouvrir sans limite, la question des sacrements, que seuls des ministres ordonnés peuvent administrer en « présentiel » dans l’EUC…
Et pour appréhender un avenir aussi incertain ici qu’ailleurs, l’Église unie du Canada redira encore et toujours la confiante affirmation qui ouvre et clôt sa Déclaration de foi : « Nous ne sommes pas seuls. »

Jean Loignon,
Correspondant pour la France de la Table des ministères
en français de l’Église unie du Canada

Pour en savoir plus : https://egliseunie.ca/