Traduire l’espérance aujourd’hui *

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© klimkin de Pixabay

Le choix des mots pour dire l’espérance au monde est indispensable aujourd’hui.

Les personnes qui sont aujourd’hui dans nos Églises n’ont plus ou peu le vocabulaire traditionnellement utilisé. Que ce soient les prières de la liturgie (louange, repentance, intercession), la sainte cène, ou encore des mots que nous utilisons pour parler de Dieu ou de notre foi comme le Royaume de Dieu, la résurrection, la grâce… nos mots peuvent devenir inaudibles, tout comme la Bonne Nouvelle de l’Évangile. Et même la bible est devenue un mot presque opaque dans notre société. Aujourd’hui les personnes qui poussent les portes de nos temples cherchent à trouver du sens avant tout, et le langage opaque de nos communautés peut leur faire croire qu’il faut être initié pour croire en Dieu. Tous ces mots sont loin d’être à jeter à la poubelle, mais à nous de les expliciter, de les rendre audibles pour le monde d’aujourd’hui. Nous disons de notre Église qu’elle est « dans le monde » mais laissons-nous le monde nous rejoindre ?

Dire autrement !

Dire sa foi est complexe, mettre des mots sur quelque chose que nous ressentons, qui anime nos vies, qui nous donne des élans pour ce monde, rendre audible quelque chose qui est de l’ordre de l’intime et de l’infini n’est pas chose aisée ! Quels mots pour dire Dieu quand lui-même dépasse toutes nos conceptions humaines ? Pouvons-nous enfermer Dieu dans un mot ? Plus encore, parler en « je » tout en cherchant à s’associer à un « nous » rend la tâche encore plus difficile. Cependant, nul besoin d’être initié à un langage d’Église pour exprimer ce Dieu qui se rend présent dans ma vie.
Il y a autant de manières de dire Dieu que de personnes qui croient en Lui. Ainsi, les mots de la foi ne sont plus invités à demeurer statiques mais ils évoluent, grandissent, changent et s’adaptent à ceux qui parlent et à ceux qui entendent.
Il y a un exemple flagrant de cela dans la Bible, au moment de Pentecôte. Ce qui se passe avec les disciples à Jérusalem ce jour-là, c’est la fête de la compréhension mutuelle. Plus besoin de traducteurs ou de décodeurs, les disciples disent « les merveilles de Dieu » de sorte que chacun comprenne. Ils parlent latin aux Romains, grec aux Crétois, arabe aux Arabes… Quelle richesse ! Une Parole qui vient toucher chacun dans son élan, au cœur de sa vie. Une Parole qui étonne, qui déroute, qui émerveille. Une Parole qui ne laisse pas indifférent. « Nous les entendons dire dans notre langue les œuvres grandioses de Dieu » (Actes 2.11), dit l’un des auditeurs. Éloge de la diversité, du multiculturalisme, dirait-on aujourd’hui dans notre français contemporain. Ce jour-là, Dieu donne une Parole qui rejoint l’autre là où il se trouve. Oui, ce jour-là, les disciples ont « dit autrement » pour être entendus.
Aujourd’hui, dans nos Églises, nous sommes invités à faire de même, à nous faire entendre autrement, dans et hors nos murs ! Si nous voulons être dans le monde, il nous faut nous laisser rejoindre par lui, et donc aussi par son langage.
Alors, comment dire l’espérance ? Lorsque nous demandons aux personnes qui témoignent dans cette revue ce que signifie pour elles l’espérance, une constante surgit : la confiance. Plus encore, nombre de mots différents sont présents pour l’exprimer : la lumière, la promesse, l’optimisme, un chemin ouvert, l’amour… Ce qui ressort finalement, c’est que cette espérance que nous vivons ouvre un avenir. Et dans notre monde actuel c’est très certainement à contre-courant ! Dire l’espérance aujourd’hui serait se tourner vers un avenir qui ouvre à la vie.
Si nos Églises sont invitées à être porteuses de cette espérance pour le monde, de cet élan à la vie pour chacun et pour tous, nous ne pouvons pas rester entre nos murs et espérer que le message soit entendu ou transmis sans faire l’effort de rejoindre nos contemporains dans ce qu’ils vivent, disent, espèrent.

Se faire comprendre !

Parler la langue de l’autre, ça peut être à l’intérieur d’une seule langue, le français par exemple, parler avec des mots que l’autre peut comprendre. Chaque groupe social a sa façon de parler une langue, chaque métier a son jargon, ses codes linguistiques, parler la langue de l’autre, c’est parler en faisant un effort pour être compris.
Je vous invite, si vous ne l’avez jamais vu, à aller voir sur internet le sketch des Inconnus « Les langages hermétiques ». Il nous arrive à tous de nous trouver face à un professionnel et de ne pas comprendre un mot de ce qui est dit ! Il peut arriver, dans nos Églises, de nous prendre pour des professionnels de la foi et de Dieu, et d’agir ainsi, et alors, de ne pas être compris.
Nous sommes dans des élans d’annonce de la Bonne Nouvelle comme des témoins dans ce monde !

Le travail des mots et des maux !

Lorsque nous « disons », c’est pour que notre parole soit écoutée ! Nous ne parlons pas pour être écoutés, nous disons pour être entendus ! Cette subtilité de langage nous permet d’entrevoir que le message de la Bonne Nouvelle du Christ pour notre monde (et non seulement pour les anciens dans la foi) est un message qui est invité à être reçu dans la vie de chacun ! Et pour cela, il doit se rendre audible pour rejoindre. « Que celui qui a des oreilles entende » (Matthieu 13.9).
Si nous regardons dans les Évangiles, Jésus était le premier à faire en sorte que son message soit entendu et compris en rejoignant ses contemporains. Il parlait en paraboles, bien que ces dernières soient parfois difficiles à comprendre, il utilisait des exemples du quotidien pour que son message rejoigne les vies présentes en face de lui. Ainsi, son langage du quotidien permettait à chacun de se laisser rejoindre par la Parole afin de l’entendre pour sa vie en se plaçant dans les situations des paraboles.
Trouver les mots pour dire l’espérance aujourd’hui c’est regarder les zones d’ombre de notre monde actuel pour y faire jaillir de la lumière ! Ainsi, regardant les obscurités qui nous entourent nous ne pouvons que répondre par des mots qui résonnent dans notre société. De plus, l’espérance étant un élan, un mouvement tourné vers l’avenir, nos mots sont invités à faire de même !

Dans ces élans, un renouvellement se présente à nous, un renouvellement de notre foi, de nos Églises, de nos mots pour rejoindre ceux qui n’entendent pas ou plus que de la lumière jaillit et peut jaillir ! Ainsi, dire l’espérance avec des mots d’aujourd’hui, c’est aussi le dire en actes, et aller vers les combats de notre temps. Dire l’espérance aujourd’hui c’est entendre les souffrances actuelles et se déplacer vers elles. Jésus lui-même, par ses miracles, transmettait cette espérance en allant vers ceux qui souffraient, sans frontières aucunes ! L’espérance n’était donc pas seulement pour ceux qui étaient déjà là, mais pour ceux qui espéraient une lumière ! Dire l’espérance aujourd’hui c’est sortir de nos murs, rejoindre l’autre où il se trouve et répondre à ses maux par des mots (actes) qui le rejoignent, peu importe le canal que nous utilisons !

Quels mots donc pour dire l’espérance aujourd’hui ?

Tous ! Tant qu’ils vont à la rencontre de celui qui est en face de moi ! Certains se reconnaîtront dans notre langage d’Église et d’autres auront besoin que nous nous renouvelions pour que de la lumière jaillisse dans ce monde. Il nous faut, comme pour les disciples à Pentecôte, avoir le courage de sortir du cocon où nous nous trouvons, et de nous laisser rejoindre ! Le courage de vivre cette Église ouverte à toutes et tous, cette Église qui ne se veut d’aucun lieu ni d’aucune langue. C’est aussi le courage du renouvellement de l’engagement, de ne pas se figer sur le passé, de se réformer sans cesse, d’apprendre de nouveaux langages, de nouveaux modes de communication, de nouvelles manières d’être au monde pour être ensemble et briller.

Sophie OLLIER,
Pasteure à l’EPUdF au Mans et dans la Sarthe

* Cet article est paru dans Ressources n° 12, oct. 2020. Disponible aux éditions Olivétan.