Des musiques à écouter en janvier

image_pdf

Musique classique

Messe à quatre chœurs, Carnets de voyage d’Italie.
De Marc-Antoine Charpentier

Ensemble Correspondances, Sébastien Daucé.
Harmonia mundi, 30 octobre 2020, HMM902640.

Cette messe est un des monuments du répertoire sacré du Grand Siècle, dans laquelle le faste et la richesse instrumentale de la polychoralité italienne le disputent aux ornements et dissonances exquises propres au style français. Elle est présentée en parallèle avec des pièces sacrées italiennes, illustrant le voyage de Charpentier à Rome et réconciliant deux styles qu’on imagine trop souvent fâchés. La qualité de l’interprétation est à la hauteur de ce programme intelligemment conçu.

Félix Verry


Chanson française

Vie étrange

Un album de Dominique A. Chez Cinq7/Wagram. En CD, vinyle, digital. Novembre 2020.

Peut-être, dans vingt ans (ou dans trois semaines) trouverons-nous dérisoires tous les journaux, récits, témoignages et analyses de nos existences confinées de 2020. Mais on peut déjà se dire que quelques créateurs sont parvenus à trouver la bonne distance entre le personnel et le général, le miroir et le grand-angle – comme Dominique A. Son album Vie étrange est directement lié au premier confinement, survenu après deux années suractives pour le chanteur (deux albums, une très longue tournée). Comme des milliers d’artistes, il a commencé à produire de la musique de manière autarcique, quelques titres venant s’ajouter à ces premières chansons pendant le déconfinement.
Ainsi, l’album Vie étrange interroge cette année sans équivalent – le cataclysme froid, l’atmosphère de panique sensée, les habitudes rompues, les nouvelles routines inventées, les relations humaines distendues ou approfondies… Il évoque aussi deux deuils, ceux des chanteurs Philippe Pascal (ex-Marquis de Sade) et Christophe, auxquels il était très attaché. Comme souvent avec Dominique A., tout est oblique, ouaté, gourd, distancié et pourtant limpide, vibrant de fraternité, de perspicacité, de franchise. Une sorte de journal de bord arty et consolant d’une année qu’on espère ne pas revivre.

Bertrand Dicale