L’arche de Noël

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Entre le bœuf et l’âne, une coquille de noix pourrait s’insérer cette année dans la crèche. Par le jeu des mots cher aux rédacteurs de la Bible, Noël a une réelle proximité avec quelques figures bibliques, comme Noé et Moïse. Leur proximité fait ressurgir les promesses anciennes pour inviter le lecteur à les prolonger dans la vie concrète et quotidienne. Une manière de revisiter le temps et renouveler la fête.

© Élisabeth Renaud

Couper une noix en deux, la placer près de la crèche. À la base de ce geste anodin, une lecture des textes bibliques qui prend ses racines dans les pratiques anciennes. S’ouvre alors une autre compréhension de Noël, un peu d’air frais dans la fête alourdie de l’année 2020.

 Noé et Noël sont voisins

Ce n’est pas une surprise, l’hébreu est une langue de jeux de mots et le peuple de la Bible en a été friand. Basé sur des racines de trois lettres, chaque terme offre au commentateur une famille lexicale et ouvre une multitude de compréhensions. La proximité des sons est une première méthode reconnue pour rapprocher les mots. Par exemple Noé et Noël sont voisins. Certes, Noé provient de l’hébreu « nouah », le repos et la consolation. Noël semble issu du latin « natalis », la naissance. Au-delà des racines, la proximité des sons évoque automatiquement un Noël de pause, de repos, de consolation. Et donne l’image d’un radeau de la promesse posé comme une coquille de noix sur l’océan des soucis du monde. Comme si, pour le lecteur actuel, la naissance célébrée à Noël portait le sens d’un temps à part, minuscule concentré de réconfort pour l’humain.

Un berceau ouvre des possibles

L’exercice n’est pas anodin. La mangeoire évoque furieusement l’arche de Noé ainsi que le berceau de roseau fabriqué par la mère de Moïse pour l’abandonner aux eaux du Nil (Exode 2.3). Une seconde méthode de lecture s’exerce alors sur la racine des mots. Le terme hébreu « tébah » est utilisé dans l’histoire de Noé pour désigner l’arche, dont on sait qu’à la fin du Déluge elle se déposera sur une terre renouvelée. Le même mot est aussi utilisé pour le couffin de Moïse, ce petit panier d’osier portant l’enfant qui délivrera son peuple de l’oppression d’Égypte. Comme si, pour le lecteur actuel, la mangeoire de Noël évoquait les prémices du renouvellement et de la délivrance, dans une vie parfois confinée dans des certitudes ou des servitudes.

Du divin déposé dans l’arche

Tout se tient et s’entremêle. La crèche de Noël évoque également une nouvelle alliance entre Dieu et l’humanité, en référence à la première alliance de Dieu avec Noé, puis à celle passée avec Moïse au Sinaï. Les Tables de la Loi qui en résulteront (les 10 commandements) seront alors déposées dans une arche. L’ordre donné par Dieu pour la fabrication de cette arche d’alliance utilise des mots très voisins de ceux employés pour la construction de l’arche de Noé.
Ces proximités ont inspiré très tôt aux Hébreux l’art délicat des mots. Gourmandise d’intellectuel, l’exercice se révèle néanmoins pertinent et inspire de grandes traditions du judaïsme comme la Kabbale.

Un creuset recueillant la quintessence de la grâce

Le lien entre Noël, l’arche de Noé et celle de l’alliance peut aujourd’hui inspirer l’humain dans sa vocation. Car si l’arche de Noé est un creuset recueillant la quintessence de la promesse d’où germera une humanité retrouvée, si l’arche d’alliance de Moïse est un creuset recueillant la quintessence de la loi d’où germera une humanité renouvelée, si la crèche de Jésus est un creuset recueillant la quintessence de la Parole d’où germera une humanité accomplie, alors qu’en est-il du creuset de 2020 ? L’histoire continue, le lecteur est invité à imaginer son corps, son être, son âme comme un creuset recueillant la quintessence de la grâce, d’où germera une humanité réconciliée.
La coque de noix symbolisant les anciens creusets aura alors toute sa place dans la crèche.

David Steinwell