Les marchands du temple

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Grain de sable
Jean 2.13-22

« Il les chassa tous hors du temple »(Jn 2.14-15) © sedmak

Dans notre souvenir, cet épisode du ministère de Jésus est souvent réduit à un geste de colère et de protestation devant des activités excessives des marchands et des changeurs d’argent dans le temple. Et nombre de peintures le représentent ainsi à travers les siècles.

Dans l’évangile de Jean ce récit est utilisé pour nous dire bien plus. Comparé aux autres évangiles, l’épisode apparaît dès le deuxième chapitre et il est plus long. Avec cette affirmation de Jésus « détruisez ce sanctuaire et en trois jours, je le relèverai », Jésus nous confond, il parle à la fois du présent et de ce qui va venir ; par un jeu sur les mots et des glissements de signification, il nous déroute. Comme si le narrateur nous prévenait : ce Jésus n’est pas celui que vous attendez mais vous ne le comprendrez qu’à la fin.

La contestation

Dans la première partie, la plus connue, Jésus conteste violemment les pratiques mercantiles du temple, pourtant ces activités sont nécessaires pour pouvoir procéder aux offrandes et sacrifices : il faut des vendeurs d’animaux vivants et des changeurs pour que les pèlerins venus de loin puissent payer en monnaie locale. À bien lire le texte de Jean, en particulier la traduction de J. Zumstein, le texte nous dit : « Et, ayant fait un fouet avec des cordes, il les chassa tous hors du temple : les brebis et les bœufs ; il répandit la monnaie des changeurs par terre, et il renversa leurs tables. » Dans cet évangile, Jésus ne condamne pas les humains. Il renverse ce qui permet de faire les sacrifices : les offrandes et le moyen de les acheter. Jésus par ce geste radical et ses paroles « enlevez tout cela d’ici, ne faites pas de la maison de mon père une maison de commerce » vient signifier la fin des sacrifices et, plus largement, la fin de l’échange organisé par les prêtres et les sacrificateurs pour garantir le pardon aux fidèles. D’une certaine façon la radicalité du geste exprime la transformation fondamentale qui va s’opérer à la Croix.

Le malentendu

La seconde partie du passage s’articule autour d’un malentendu qui porte sur la notion de temple : le mot qu’utilise Jésus est à double sens.
Les juifs entendent le Temple, l’édifice religieux en pierre, bâtiment grandiose dont la construction a duré 46 ans.
Jésus, lui, parle du sanctuaire, ce lieu intime de la relation seul à seul avec Dieu, et pas de cet espace bruyant et animé du début du texte. Et puis, un peu plus loin, le narrateur nous précise que Jésus parle du sanctuaire de son corps.
C’est un double déplacement que le texte nous invite à faire : du temple au sanctuaire, et du sanctuaire physique au sanctuaire que représente le corps de Jésus et potentiellement aussi le nôtre.
Jésus nous déplace, mais Dieu se déplace aussi, il s’incarne en Jésus. Passant du ciel sur la terre, Dieu se métamorphose. Le logos, parole et esprit de Dieu, devient homme en lui. Et Jésus à travers son être tout entier, ses actes et ses paroles nous révèle ce dieu qu’il appelle père pour la première fois dans cet évangile, nom qui évoque à lui seul l’amour inconditionnel, la patience, la bienveillance de la relation qu’il veut tisser avec nous.
Une relation intime et libre de tout marchandage, dans laquelle nous devenons acteurs, en lien direct avec Lui dans notre sanctuaire. Et à laquelle nous sommes tous conviés, y compris les vendeurs du temple.

 Catherine Finet,
Membre de l’EPU Saint-Cloud, La Celle-Saint-Cloud et du service biblique région parisienne