Franchir les frontières

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La vocation d’Abraham commence par un appel divin à franchir des frontières. « Pars de ton pays, de ta famille et de la maison de ton père, vers le pays que je te ferai voir » (Gen 12.1).

S’aventurer hors de son territoire habituel demande de trouver confiance en soi et en l’autre pour accepter la différence.

« Pourquoi le monsieur, il a un gros nez ? » Beaucoup de parents ont un jour affronté la honte d’une réflexion de leur progéniture. Pourtant la question est neutre et demande juste une explication de la différence. Elle n’est gênante que pour l’adulte dont l’esprit ou l’éducation a institué des normes positives et négatives.

La vocation d’Abraham l’incite à sortir de son pays pour découvrir ce que son Dieu veut lui montrer. Plus symboliquement, c’est une invitation à sortir des limites convenues et protectrices que sont les frontières, les liens familiaux ou l’éducation, pour se risquer à vivre à l’extérieur. Une image serait celle des renardeaux sortant du terrier pour la première fois, puis allant s’établir ailleurs pour fonder leur vie. Dans ce processus de découverte, l’apprentissage de la confiance, en soi et en l’autre, aide à accepter la nouveauté de l’autre, différent.

Un jeu de confiance

© Ulla Rousse

Le jeu doit être facultatif, pour ne pas risquer de mettre un enfant qui n’oserait pas se lancer en arrière en situation d’échec.

Le joueur 1 se met debout, jambes serrées, bras en croix et se raidit. Juste derrière lui, le joueur 2 met les bras en avant sous les aisselles du joueur 1 sans le toucher.
Le joueur 1 ferme les yeux et se laisse tomber en arrière, le joueur 2 le retient avant qu’il ne tombe vraiment.

Le but n’est pas de rattraper le joueur 1 le plus bas possible dans sa chute. Seule la confiance importe, elle se traduit dans la faculté, essai après essai, à ne bouger aucune partie de son corps durant la chute. On peut ensuite échanger les rôles, partager ses impressions et les rapprocher de l’expérience d’Abraham.

Pour aller plus loin

© Glagowl de Pixabay

La traduction de ce passage peut être faite différemment : « Va vers toi (Lèkh lèkha en hébreu) hors de ton territoire, de ta filiation, de la maison de ton père, vers le territoire où je te verrai. » Cela apporte deux précisions, peut-être destinées aux plus grands. « Va vers toi » invite à penser que l’humain est plus vaste que ce que chacun peut en déceler et incite à se considérer soi-même comme terrain de découverte. Le « où je te verrai » laisse penser que Dieu aurait du mal à discerner une personne dans l’enchevêtrement des liens qu’elle a tissés et qu’Il souhaite qu’elle ait véritablement accès à elle-même, en se détachant de ce qui la retient.

La sculpture peut illustrer cela, lorsque le sculpteur considère que la pièce de bois qui lui fait face renferme un visage. Son ciseau va le libérer peu à peu de la gangue qui le masque.

Anaïs Bolterre