Ernest Pérochon, prix Goncourt en 1920 avec son livre Nêne

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En recevant le Prix Goncourt en 1920, Ernest Pérochon devient l’instituteur français le plus célèbre de son époque et peut commencer une carrière littéraire qui, jusque-là, était restée balbutiante.           

Ernest Pérochon © DR

Né dans la ferme parentale du lieu-dit Tyran sur la commune de Courlay le 24 février 1885, Ernest Pérochon décède dans sa maison du 25 avenue de Limoges à Niort le 10 février 1942.

Un protestant du bocage

Il voit le jour dans une vieille famille calviniste du bocage convertie dès le XVIe siècle et suit sa scolarité primaire à l’école de la Tour Nivelle de Courlay, fréquentée par des enfants de la Petite Église dont les parents refusent le Concordat. Après son certificat d’études primaires, il passe à l’école primaire supérieure de Bressuire puis entre major de sa promotion à l’École normale d’instituteurs de Parthenay d’où il ressort également premier, ce qui lui permet d’être nommé instituteur-adjoint de français et d’histoire-géographie à l’école primaire supérieure de Parthenay en 1904-1905. À l’issue de sa formation de hussard noir, il déclare s’être détaché de la pratique de la religion réformée mais avoir continué à en suivre les règles de conduite morale. Déclaré apte au service militaire en dépit d’une pathologie cardiaque sous-jacente qui n’est pas détectée lors de la visite médicale, il passe deux années sous l’uniforme au 114e RI de Saint-Maixent entre 1905 et 1907. À son retour à la vie civile, il épouse Vanda Houmeau, une institutrice issue d’une famille de Prahecq près de Niort.

Le prix Goncourt

Illustration, dans un manuel de cours élémentaire, de Nêne restant devant le portail de l’école où elle a amené la fille de son patron © DR

Affecté à Saint-Paul-en-Gâtine en qualité d’instituteurs-adjoints, le jeune couple pédagogique y passe une année scolaire à l’issue de laquelle naît Simone qui demeurera leur seul enfant. Mobilisé en août 1914 comme sergent-chef vaguemestre au sein du 114e RI, Ernest Pérochon est victime d’une crise cardiaque lors de la bataille du Grand Couronné au nord de Nancy à la fin août 1914. Rapatrié sanitaire, il est reversé dans le service auxiliaire au dépôt régimentaire du 114e RI à Parthenay le reste de la guerre. Une fois démobilisé à l’issue du conflit, il reprend son poste de Vouillé dans la périphérie de Niort où il avait été muté à la rentrée 1913. C’est dans sa classe qu’il apprend par un télégramme de son ami Gaston Chérau sa distinction par le jury du prix Goncourt en 1920. Le succès littéraire pousse le jeune lauréat du plus prestigieux prix littéraire à se mettre en congé de l’Instruction publique en 1921 et à venir s’installer à Niort où son épouse obtient une affectation à l’école primaire supérieure. La gloire littéraire aidant, l’écrivain peut acquérir une demeure bourgeoise dans le centre de Niort à proximité de la grande place de la Brêche qui a été donnée par ses petits-enfants à la ville de Niort au début des années 2000 et qui est devenue la Villa Pérochon, centre d’art contemporain photographique.

Une écriture romanesque

Couverture du Creux de Maisons

Ernest Pérochon est entré en littérature en publiant deux recueils de poésie à compte d’auteur chez l’éditeur niortais Clouzot en 1907 et 1908 qui ne rencontrent qu’un succès d’estime mais qu’il adresse à Gaston Chérau, né à Niort en 1872, bien introduit dans le milieu littéraire parisien. Sur les conseils de Chérau, il aborde l’écriture romanesque dans Les Creux de maison, roman écrit en 1912 et qui paraît en 1913 en feuilleton dans L’Humanité grâce à l’intervention de son ancien professeur à l’école normale Pierre Brizon, devenu entre-temps député socialiste de l’Allier, ainsi qu’au soutien du député socialiste deux-sévrien Henri de la Porte. Le roman s’inscrit résolument dans la veine réaliste chère à Émile Zola. Avant même la déclaration de guerre de l’été 1914, les manuscrits de Nêne et du Chemin de plaine sont achevés mais les deux romans ne paraitront qu’après la fin de la guerre. La victoire de Nêne au Goncourt vaut à Ernest Pérochon de le projetter sur le devant de la scène littéraire nationale et internationale. Le roman est adapté au cinéma par Jacques de Baroncelli dès 1923. Dans la plupart de ses romans, les personnages clés sont de confession calviniste ou membres de la Petite Église. Ernest Pérochon se lance dans une série de romans ancrés dans l’univers poitevin de la Grande Guerre et des Années folles : La Parcelle 32, Les Gardiennes, Bernard l’ours et la torpédo camionnette, L’Eau courante

Une œuvre abondante

Fort de ses premiers succès, Ernest Pérochon s’essaye en 1925 au roman d’anticipation en publiant Les Hommes frénétiques. Il adapte également des sujets à la mode comme le spiritisme dans Les ombres et Huit gouttes d’opium, le freudisme dans Le crime étrange de Lise Balzan ou le thème de la femme émancipée, la garçonne, avec Marie-Rose Méchain. Au cours des années 1930, sur fond de crise du parlementarisme, de la montée des tensions internationales et de la crise économique et sociale, il met en exergue les guerres civiles qui ont ensanglanté le Poitou au moment de l’apparition de la Réforme (Milon, Le Chanteur de Villanelles) ou au moment de la Révolution (Barberine des genêts, Les Endiablés). Parallèlement à ses romans, il publie aussi des nouvelles (Conte du chevalier Fol qui voulait faire le bonheur d’autrui, Comment Boutois revint à la terre) et surtout plusieurs ouvrages de littérature de jeunesse illustrés par Ray-Lambert qui connaîtront de nombreuses rééditions.
Ernest Pérochon est l’un des rares romanciers poitevins de l’entre-deux-guerres connu tant en France qu’à l’étranger où plusieurs de ses romans sont traduits par exemple en anglais, allemand et japonais, ce qui lui confère une aura que n’ont pas Jean Yole en Vendée et Georges David dans la Vienne.

Alain Chiron, Amis d’Ernest Pérochon