C’est quoi la justification par la foi ?

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Sorte de « À toi la Gloire » de la théologie, la justification par la foi est un pilier du protestantisme, un leitmotiv des discussions animées entre confessions chrétiennes.

L’expression cache pourtant une ambiguïté. Est-elle encore pertinente dans une société en recherche de sens ?

La justice, un thème récurrent des vitraux © falco

La foi en Christ ne justifie rien

De toute évidence, la justification est à l’origine un terme judiciaire. Le juge considère une personne comme juste. Par extension, de nombreux interprètes, s’appuyant notamment sur l’épître aux Romains, s’accordent à penser qu’en Jésus-Christ, Dieu considère l’homme comme juste alors même qu’il est pécheur. En d’autres termes, Dieu regarde l’homme à travers les lunettes du Christ.
Cela évite les écueils de l’autojustification et de la culpabilité. Nul ne peut, par une pratique assidue de la religion, des actes de solidarité ou l’exigence d’un devoir accompli, se considérer comme juste aux yeux de Dieu. La force de la découverte de Luther est qu’on ne devient pas juste par sa foi EN Jésus-Christ, mais par la foi DE Jésus-Christ. Cela aide à ne pas se prendre pour un saint. Mais à quoi donc sert la justification et en a-t-on encore besoin ?

Être rendu juste

Certains objectent que c’est trop facile d’être considéré comme juste. Aucun effort n’est demandé. D’autres posent la question de l’utilité : justifié, mais de quoi ? Pour la société, le sens de la vie est avant tout centré sur l’individu. La recherche de spiritualité et de sens est donc un projet, ce qui évacue la question d’un ailleurs. Le monde est avant tout celui dans lequel on vit, ce qui implique une attention portée à l’écologie et la solidarité, mais ce monde n’est pas reçu d’un autre, pas même de Dieu. Le mouvement naturel de la foi contemporaine est ainsi de chercher le spirituel, plus que de le recevoir.
Pourtant, dans le mot « justification », la « fication » vient du verbe « faire » au passif. Il ne s’agit pas d’être considéré comme juste, mais d’être FAIT juste, d’être rendu juste. Quelque chose vient de l’extérieur et transforme l’humain.

Un ajustement permanent

C’est une révolution des compréhensions, notamment dans un protestantisme qui accorde peu d’importance au corps. À une société en quête spirituelle qui ne comprend plus la nécessité d’être juste aux yeux de Dieu, la justification propose la notion d’ajustement. À la quête humaine, Dieu répond par l’amour qui ajuste l’homme à un projet dans toutes les composantes de sa vie, psychique, spirituelle, physique, sociale. En ce sens, il s’agit plus d’écouter que de vouloir, d’entendre une Parole qui ajuste plutôt que de vouloir correspondre à ce que l’on croit être le bon chemin. Cette écoute est un ajustement permanent à Dieu, aux autres, à soi-même. Elle est en cela éminemment actuelle.

Et la grâce, dans tout ça ?

Les Réformateurs ne s’y sont pas trompés, Calvin propose une précision de taille à travers la notion de « justification par la grâce au moyen de la foi ». Une inflexion qui pourrait résonner ainsi : accepter d’être aimé, accepter la grâce qui transforme l’être humain au plus profond en l’ajustant au projet que son Dieu a pour lui. Il peut le reconnaître par le moyen de la foi que Dieu lui propose également. Certes, certains ne ressentent pas de foi, quelle qu’en soit la raison, mais ce débat échappe à ces quelques lignes.
Parler de justification comme d’un ajustement peut être aujourd’hui une manière d’ouvrir des pistes pour accompagner les millions de personnes qui se disent distancées d’Églises considérées comme théologiquement rivées aux enjeux du XVIe siècle.

Marc de Bonnechose, journal Paroles Protestantes Paris