Se laisser évangéliser pour accueillir les autres

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La pasteure Sonia Arnoux a longtemps accompagné et formé des bénévoles engagés dans le diaconat protestant, à Saint-Étienne puis à Grenoble. Dans la rencontre avec les bénéficiaires des structures d’aide, l’Évangile nous appelle à être solidaires.

© Enlightening Images de Pixabay

L’exclusion tient une grande place dans la Bible. Toutes sortes d’exclusions. Les exclus sont appelés pauvres ou petits, mais cela peut concerner chacun de nous.

Un Dieu solidaire des pauvres

Dans le livre du Deutéronome, quatre catégories de pauvres sont sans cesse évoquées : la veuve, l’orphelin, l’émigré et le lévite. Et l’originalité biblique est dans la précision étonnante : « qui sont au milieu de toi » ou « qui sont dans ta ville ». Les exclus ne seraient donc pas à la marge !
Cette manière de parler des pauvres comme ceux qui sont au milieu de nous et ce rappel constant d’un passé fondateur « souviens-toi… parce que c’est aussi ta condition » témoignent d’un Dieu solidaire des pauvres. Notre Dieu est un Dieu solidaire et proche.
Solidaire : il a vu la misère de son peuple et il l’a libéré ; il a entendu son cri et il lui est venu en aide. Mais plus encore, il apprend à chaque croyant à être attentif à ses frères et comme nous disons aujourd’hui ça n’est plus une option, c’est la nature fondamentale de l’homme d’être solidaire. Proche : en Christ, il est venu au milieu de nous, comme le pauvre à accueillir et à aimer. Emmanuel, Dieu avec nous. C’est la manière qu’il a choisi pour se faire connaître et nous apprendre la solidarité.

L’expérience de la fragilité pour accueillir Dieu

Dieu se donne à connaître comme le Dieu solidaire des pauvres et de ce fait, il peut exiger de tout homme qui le reconnaît comme Dieu et comme père d’être lui aussi solidaire et de se reconnaître frère du pauvre.
Mais cela va plus loin : Dieu lui-même met son peuple dans la pauvreté (De 8). Une expérience initiale, l’esclavage en Égypte, douloureuse où Dieu intervient comme libérateur. Puis l’expérience du désert, présentée comme l’expérience fondamentale qui permet de vivre dans la dépendance de Dieu pour recevoir la grâce, connaître Dieu et s’éveiller à l’interdépendance humaine. Une expérience qui permet de se reconnaître à sa juste place : tout humain est un être fragile, un pauvre. Cette reconnaissance permet de reconnaître Dieu et les autres aussi à leur juste place et dans une relation juste. Et c’est cette expérience qui fonde la solidarité.

L’accueil avant tout

Les lois mises en place pour vivre la solidarité respectent les exclus comme des personnes. L’exemple du glanage est parlant : on ne fait pas tout à la place de celui qui manque, on laisse des choses pour qu’il puisse aussi être acteur de sa survie. De même en invitant tout croyant à accueillir le pauvre dans les fêtes qui sont un temps fort de la vie du peuple, il ne s’agit pas de faire l’aumône. Mais d’accueillir la veuve, l’orphelin, l’émigré et le lévite à sa table. Mais encore de vivre avec eux la joie de la fête, comme si cette joie venait aussi de ce vivre ensemble : c’est l’affirmation qu’il n’y a pas d’exclus, les pauvres sont au milieu du peuple et Dieu revendique leur présence. Et le peuple n’est le peuple de Dieu que s’il se reconnaît pauvre, vivant de la grâce, de l’amour gratuit de Dieu, donné à chacun. Les fêtes célèbrent l’action libératrice de Dieu. Dieu est un Dieu libérateur qui fait de chaque croyant un homme qui vit de cette liberté et la transmet.
À nous d’inventer les transpositions possibles pour aujourd’hui.

Sonia Arnoux, pasteure retraitée