Pierre-Abraham Jônain, protestant républicain et laïc

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Cela commence par une histoire de passionnés de généalogie. Sur les traces de Pierre-Abraham Jônain, protestant local, Robert Martel est amené à rencontrer la responsable de la médiathèque de Royan qui lui montre un certain nombre d’ouvrages qu’il connaissait déjà, quand tout à coup débarque un habitué de la médiathèque : « Robert, quel bon vent t’amène ici ? ».

Sésame inespéré. La responsable de la médiathèque change alors d’attitude et lui dit qu’elle a peut-être quelque chose qui pourrait l’intéresser. Elle revient alors avec un manuscrit, miraculé du bombardement de 1945 : Mon demi-siècle 1812-1862, biographie, politique et littéraire.

Un regard lucide

Honnête homme du XIXe, touche-à-tout, botaniste, latiniste, grand marcheur, homme politique, écrivain prolifique et poète, fidèle en amitié, Pierre-Abraham se raconte dans ces pages avec beaucoup de finesse et un regard lucide sur ce siècle durant lequel la République se cherche. Il est plus que protestant sociologique. Il est élevé par une mère protestante et épouse Pauline, plus âgée que lui et protestante aussi. Il fut tenté par le ministère « mais curieusement les ministres que je consultais me laissèrent voir trop naïvement la chose comme un métier et rien de plus », cite Francette Joanne dans la préface. Il est profondément républicain et laïc et n’a jamais voulu s’exiler hors de sa Saintonge natale. Il a même écrit le premier dictionnaire du patois saintongeais.

Ces pages, accompagnées de poèmes en vers très XIXe, se dévorent comme un bon film en costume et laissent en nous une certaine fierté d’avoir un grand frère aussi intelligent et cultivé qui gagne à être connu.

Stéphane Griffiths, Église protestante unie de Poitiers

Mon demi-siècle 1812-1862, Pierre-Abraham Jônain, préface de Victor Hugo. Transcription de Robert Martel, préface de Francette Joanne-Latreuille, éditions François Baudez, 2020, 320 p., 20 €. Disponible auprès de Robert Martel.

 

À l’amitié 

L’homme est né pour aimer. Heureux si la vertu
Prélude au choix qu’il fait de l’objet de sa flamme !
Mais souvent cet objet vient sans être attendu,
Plait et sans qu’on y pense, est maître de notre âme.
Tant qu’on vit pour soi seul, on ne vit qu’à demi.
Heureux, trois fois heureux qui possède un ami !
S’il verse quelques pleurs dans le cours de la vie,
Ces pleurs sont essuyés par une main chérie.
Ses plaisirs partagés en deviennent plus doux.
Mais divine Amitié, de tant d’attraits ornée,
D’où vient que des humains on te voit dédaignée ?
De leur propre bonheur les humains sont jaloux.
L’homme veut être heureux : il poursuit la richesse
Ou s’endort et languit au sein de la mollesse.
O mortels insensés ! Vous cherchez le bonheur,
Vous le cherchez, bien loin : il est dans votre cœur.
Pierre Abraham Jônain
1799-1884