La pertinence de l’évangile de Jean

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Livre-philosophie

Ressources du christianisme : mais sans y entrer par la foi, François Jullien, éditions L’Herne, 2018, 125 p., 8.50 €.

Ce petit livre, le 38e du philosophe, helléniste et sinologue François Jullien, sort du commun, déjà par son titre. Refusant l’évitement actuel du christianisme dans le monde intellectuel, il pense qu’il a ouvert à l’homme de nouveaux possibles. Voici ce qu’il entend par ressource : ni valeur, ni richesse, ni racine, elle est largement offerte mais n’a d’effet que si on la met en œuvre. Pour François Jullien les ressources du christianisme se trouvent particulièrement dans l’évangile de Jean.

Chez Jean, dès son prologue, il y a un advenir qui ouvre un avenir qui n’est pas contenu dans ce qui l’a précédé et fait lever l’inouï dans la vie. Quelle vie ? Non pas la vie bios, mais la vie zoé de l’absolument vivant, qui permet de s’extraire  de l’aliénation-adaptation à soi-même. Elle a son départ en Dieu en qui est la vie même.

Dans la déclaration de Jésus Je suis le chemin, la vérité, la vie, le dernier mot n’est pas la vérité, mais la  vie même. Jean propose donc une ex-istence qui permet, en se tenant hors du monde d’habiter l’Autre. C’est en ex-istant que l’on peut passer du régime de l’attachement à son être vital dans le monde à zoé, la vie surabondante. Pour cela l’amour est ressource promouvant un absolu non pas dans la voie grecque de l’erôs mais dans celle  de l’amour agapé. Un amour expansif sur quoi se fonde le « christianisme » dans l’histoire du Christ.

Il faut aussi dire que les accointances de François Jullien avec les pensées grecque et chinoise, donnent du relief à ce qu’il dit du christianisme. Globalement, outre des propositions de relecture de Jean, cet ouvrage pose des questions fondamentales sur les parts de connaissance et de foi dans le christianisme.

Olivier Pigeaud