L’amour illimité

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© Ben Kerckx – Pixabay

« Aime ton prochain comme toi-même ! » Pourquoi cela ne suffit-il pas ?

Cette promesse, résumée selon Matthieu, par Jésus (Mt 22.34-40), a été érigée en principe premier de la pensée moderne moyenne. Il s’agissait de « déboulonner » la présumée priorité donnée à Dieu lors des siècles passés et qui a conduit, selon nos livres d’histoire, aux guerres de religion, à l’intolérance d’État, à l’opium du peuple décriée par Marx au XIXe siècle et, par glissement, aux barbaries totalitaires oubliant, au nom d’idéologies diverses, la dignité humaine.

De plus, il s’agissait aussi de dire : « Aime-toi, toi-même, comme ton prochain ». Car plus conscient de nos faiblesses que de celles des autres nous pourrions en venir à oublier de nous aimer.

Mais « Aime ton prochain comme toi-même » ne suffit pas, ou plus, et cela pour plusieurs raisons. D’abord, l’amour, mal compris, peut devenir un lieu de pouvoir. En aimant, on peut être amené à donner, et en donnant à exiger implicitement une contrepartie, donc à avoir pouvoir. Ensuite l’amour peut devenir orgueilleux. Si je suis capable de trouver la source de cet amour en moi-même, mon cœur n’a plus besoin de recevoir de l’amour. Enfin, « Aime ton prochain comme toi-même », à tort ou à raison, concerne le monde humain. Mais ce début de XXIe siècle ne démontre-t-il pas que nous devrions aussi aimer la nature qui nous entoure et dont nous faisons partie ? Si.

C’est pour éviter tous ces travers, qu’il nous faut aussi aimer le Seigneur notre Dieu, de tout notre cœur ! Ainsi, le don que je fais n’est plus un lieu de pouvoir car je donne ce que je sais avoir reçu. La source de l’amour étant Dieu, je suis vacciné contre l’orgueil, et pour terminer, je respecte et j’aime la création, car j’aime Dieu et réciproquement, la création me désigne Dieu ! D’ailleurs, contrairement peut-être, au temps, ou à l’argent, qui participe à notre monde limité, l’amour ne se compte pas. Et c’est pourquoi, en aimant davantage Dieu, on en vient à aimer ses frères et sœurs, sa famille, soi-même et la création… toujours plus !

Pasteur Nicolas Geoffroy, Église protestante unie de Melle-Celles