L’heure des choix ou le retour d’Irénée

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Vitrail de Lucien Bégule,
église Saint-Irénée, Lyon © Domaine public

Le deuxième siècle de notre ère est une période d’effervescence pour le christianisme. Malgré les persécutions, de nombreuses personnes deviennent chrétiennes. Et toutes sortes d’Églises, se réclamant de Jésus, apparaissent sur l’échiquier du religieux. Fusionnant diverses influences venant de la philosophie grecque ou de rites orientaux (en particulier égyptien) des communautés aux pratiques et rituels étranges voient le jour. Les ophites laissent un serpent sacré sanctifié les espèces de la Sainte cène, les adamiques célèbrent nus, les sectateurs de la vierge Barbélo communient dans de gigantesques orgies. Toutes ces sectes gnostiques qui se disent chrétiennes, entachent le christianisme. Les pères de l’Église doivent remettre de l’ordre. Ce sera la mission d’Irénée. Évêque de Lyon de 170 à 202, Irénée écrit son ouvrage phare : « Contre les hérésies ». Il dénonce toutes les dérives gnostiques qui proposent un savoir occulte pour atteindre la communion avec Dieu. Pour l’évêque de Lyon, le salut ne vient pas d’un savoir mais d’un don de Dieu. Irénée dénonce tous ces mauvais choix (hérésies en grec) qui conduisent à la perdition des fidèles et dénaturent l’Évangile. Dénoncer les mauvais choix ! N’est-ce pas le rôle que nous devons, nous aussi, endosser en tant que chrétiens dans notre XXIe siècle chamboulé ?

Et si cette pandémie, qui stoppe net notre civilisation tournée, courbée, incurvée sur elle-même, était un signe que Dieu nous envoie pour dénoncer nos mauvais choix ? Choix mortifères qui préfèrent le pouvoir de l’argent à celui du don. Choix incestueux qui privilégient la confusion à l’altérité, l’oubli artificiel de soi à l’unité de l’âme. Choix égoïstes qui valorisent l’individualisme à toute autre structure communautaire de la famille à la nation. Et si cette catastrophe sanitaire, ce fléau, était l’occasion pour que nous revenions, que nous retournions dans le giron de Dieu ? Et si, à l’« aversio a Deo » de notre monde devenu fou de lui-même, nous faisons une démarche, personnelle et communautaire vers la « conversio ad Deum ». Et si nous laissions agir le souffle de Dieu dans nos vies ? Nous sommes à l’heure des choix. Faisons ceux qui sont porteurs de vie, de confiance, d’espérance.

Pasteur Olivier Putz, Église protestante unie de Rennes