Luther et les artistes : l’Apocalypse*

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© Angelika Krause

Autour de 1960, le graveur Henri Renaud (1914-1986) participe à un projet démesuré : la création par l’éditeur Joseph Foret d’un exemplaire sur parchemin de l’Apocalypse de Saint Jean, avec le concours des plus grands peintres et écrivains du moment.

Quinze ans plus tard il se lance un défi personnel sur le même sujet : il va graver, à l’ancienne, les 16 planches de l’Apocalypse d’Albrecht Dürer. Dürer mit trois ans, de 1496 à 1498, Renaud aussi, de 1975 à 1978. L’œuvre sera éditée, et un exemplaire vient d’être exposé au musée de Niort (voir page 30 ).
Une des figures de l’Apocalypse les plus fécondes sur le plan de l’imaginaire est la Grande Prostituée. Sur l’image de Dürer, celle reprise par Henri Renaud, elle est habillée comme une courtisane vénitienne et la coupe pleine de péchés est d’un modèle allemand. Lucas Cranach l’Ancien, ami de Luther, fera porter à la prostituée de Babylone la tiare du pape, usage qui perdure dans certains cercles protestants jusqu’à nos L’Apocalypse parle à des périodes d’instabilité, mais n’est pas d’un accès évident. Le jeune Luther n’y trouve aucun goût, et ce sera un des deux livres bibliques que Calvin ne commenta pas – l’autre étant la très courte troisième épître de Jean. Néanmoins, Luther évolua dans sa lecture, et il attribua la résistance de Rome à l’Antichrist, lisant en l’Apocalypse une description de l’actualité. Quand les premiers lecteurs ont pu comprendre la grande prostituée comme image de l’Empire romain, Luther la voit comme personnification de l’Église de Rome ou du Pape. Avant Luther, Frédéric II et Savonarole font le même lien, tandis que le poète Dante la compare à Boniface VIII.
Dans une ligne similaire, le mouvement rastafari appelle « Babylone » le monde occidental, responsable de l’esclavage des noirs d’Afrique. Comme quoi le langage imagé de l’Apocalypse n’a pas encore fini de susciter des lectures allégoriques diverses et la créativité des artistes.

Ariane Massot

* Cet article fait partie du numéro spécial édité par Le Protestant de l’Ouest en 2017, à l’occasion des 500 ans de la Réforme.