La Cène… autrement

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La crise sanitaire que nous vivons actuellement bouleverse notre manière de vivre et ce pour une période qui risque de se compter en mois, peut-être même en années. Il en va de même pour notre vie ecclésiale. Le comédien Jean-Louis Barrault écrivait : « Il faut travailler l’adversité jusqu’à en faire une providence ». C’est à quoi je vous propose de réfléchir ici et plus précisément sur la célébration du sacrement de la Cène.

Notre constitution préconise, sous l’autorité du Conseil presbytéral, une célébration du sacrement de la cène « au moins tous les mois au cours d’un service public ». Mais qu’en est-il à l’épreuve de coronavirus ? Une communion en cercle respectant les un mètre cinquante nécessaires, la généralisation du gobelet individuel (la coupe restant à l’usage du célébrant seul), la distribution du pain par une seule personne gantée et masquée : les dimensions de « partage », de « communion » se trouvent fortement ébranlées. Et nous n’imaginons pas les dégâts pour l’Église si un « cluster » (foyer d’épidémie) naissait des suites d’un de ces « gestes qui parlent » de vie qu’est le repas du Seigneur.

Chacun chez soi

Alors, pourquoi ne pas découvrir une nouvelle manière de vivre la cène ? Les textes bibliques nous disent que, au cours d’un repas, Jésus prit du pain… Soit ! Lors du premier repas de la semaine, au déjeuner du dimanche midi, prenons le temps à notre domicile de célébrer ce temps de mémoire. Le foyer, qu’il soit occupé par une personne seule ou une famille nombreuse, est sûrement le premier lieu où s’expérimente la présence de Dieu dans le quotidien de notre existence.

Les dimensions ecclésiales et communautaires seraient conservées, voir renforcées, si toutes ces célébrations éparpillées avaient lieu dans le même temps (par exemple, le premier dimanche du mois) en suivant une simple, courte, et même liturgie fournit à tous via internet, le courrier ou la distribution à la fin des cultes (quand ils pourront avoir lieu).

La fraternité des Veilleurs comme l’ACAT ont déjà démontré la force de la prière « chacun dans son coin » géographiquement mais « tous ensemble » temporellement. Pourquoi ne pas le vivre avec la cène ?

Mais tous ensemble

Bien sûr, la portée spirituelle d’une telle célébration nécessite qu’elle soit partagée par le plus grand nombre : de la femme seule dans sa longère bretonne à la famille du Languedoc en passant par le couple alsacien, tous pourront être unis dans la présence du seul et unique Christ à leur table, dans leur vie. Si localement la décision d’une telle célébration doit être prise par le Conseil presbytéral local, elle invite au rassemblement de tous, au-delà de nos « frontières ». Rêvons d’une même Cène vécue dans des multiples lieux au mêmes instants.

Mais là où la providence peut être renforcée, c’est dans la dimension évangélisatrice d’une telle célébration : Dieu s’en trouve « déconfiné », Il sort de nos temples et de nos cultes pour être présent dans un vécu familial. À une époque où la foi est devenue de plus en plus individualiste et de moins en moins vécue dans le cadre familial, voici que Dieu prend place à notre table qui devient sa table et, comme le précise notre liturgie : « Nous sommes tous invités au repas du Seigneur », le conjoint d’une autre confession, l’enfant en cheminement, le jeune tout en questions, l’ami(e) en recherche. Aux questions et débats que peuvent susciter un tel geste, nous avons alors l’occasion d’être « une Église de témoins ».

Peut-être que, le jour où nous pourrons enfin, à nouveau réunis et sans aucune crainte sanitaire, célébrer le repas du Seigneur dans nos communauté respectives, notre regard sera changé et le Christ encore plus proche ?

Hervé Stücker, pasteur