Pierre Richer, premier pasteur à La Rochelle

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Le pont nouvellement nommé Pierre Richer © Patrick Balas

Pierre Richer, premier pasteur de l’Église réformée de La Rochelle, envoyé de Genève par Calvin, a donné son nom à un pont situé au cœur de la ville. Ce pont a été inauguré lors du dernier Synode de la région Ouest mi-novembre.

L’église Saint-Sauveur au XVe siècle © MRPH

Un pont, c’est tout un symbole. Il est situé non loin du temple actuel, qui s’élève à l’emplacement d’un des premiers lieux de culte autorisés par le roi Charles IX dans la ville, la salle Saint-Michel, et de l’église Saint-Sauveur, où en 1561 avait lieu un simultaneum, catholiques et protestants se partageant à tour de rôle les espaces de l’édifice.

Un carme adepte des idées nouvelles

Mais qui était Pierre Richer ? Bien que sa mémoire n’ait pas été conservée au-delà des murailles de la vieille cité huguenote, il est tout à fait représentatif de son époque.
Pierre Richer est né à Provins vers 1509. Il s’oriente vers la vie religieuse et endosse l’habit des carmes. Sa formation est solide, à la Sorbonne il obtiendra le grade de docteur en théologie.

Dans quelles circonstances, sous quelles influences Pierre Richer quittera-t-il son ordre pour adhérer aux idées de la Réforme ? Les idées nouvelles, qui vont bouleverser la chrétienté, ont trouvé un terreau favorable dans les monastères, en particulier chez les Augustins, les Dominicains, les Carmes. Rompus aux études théologiques, ces religieux ne pouvaient que se sentir attirés par une exigence évangélique, plongeant ses racines dans une lecture de la Bible en grec et hébreu, pour y discerner, dans les versions originelles, la Parole de Dieu, loin de la pompe pontificale et du poids de la tradition. Pour les humanistes, le retour aux textes de l’Antiquité a ouvert le champ des questionnements, portant en germe le monde moderne.

Dans les années 1550, le temps est encore à l’incertitude, beaucoup hésitent à franchir le pas. En 1555, Richer ose – malgré son appartenance à l’ordre des Carmes – prêcher selon la Réforme, d’abord clandestinement lors de réunions secrètes, auprès de familles sûres, puis en chaire où il dénonce les manquements de membres du clergé catholique. Inquiété, il se réfugie à Genève auprès de Calvin. Sa rupture avec l’Église catholique romaine est consommée.

À Genève, Pierre Richer parfait sa formation théologique. Bien qu’ayant déjà un âge avancé, il bénéficie, comme de nombreux jeunes Français de l’enseignement dispensé par Calvin.

L’aventure transatlantique

Temps de réformes religieuses, intellectuelles, artistiques, la Renaissance est aussi le temps des grandes découvertes, en particulier transatlantiques.
Pour une ville portuaire comme La Rochelle, qui tire sa prospérité de la mer, ces nouvelles terres sont l’assurance d’un développement économique sans précédent, pour les Huguenots portés par leur foi, c’est la promesse d’un grand destin voulu par Dieu, c’est l’espérance d’une terre promise pour un nouvel Israël.
L’amiral de Coligny rêve d’une France antarctique. Poussé par ce dernier, qui voit en l’Amérique du Sud un refuge pour les protestants persécutés, le roi de France Henri II décide d’envoyer une expédition au Brésil. Il répond, quant à lui à des motivations plus stratégiques.

L’expédition est confiée à Nicolas de Villegagnon, vice-amiral de Bretagne. Pour mener à bien une telle entreprise, pour entreprendre des travaux de défense pour l’établissement d’une colonie, il faut une discipline de fer. Ce qui ne va pas sans récriminations. Villegagnon lance un appel à Calvin. Ne pourrait-on pas envoyer de Genève quelques pasteurs pour soutenir les hommes dans leur foi et évangéliser les Amérindiens, plus officieusement pour ramener les futurs colons à de bonnes mœurs ?

Parmi les pasteurs envoyés figure Pierre Richer. Il rejoint les « Isles neuves » du Brésil dans la baie de Rio de Janeiro. Sa mission, outre celle d’être le pasteur de la nouvelle colonie, est « d’attirer les sauvages à la connaissance de leur Salut ». Dans l’urgence, sans formation, sans interprète, cette mission ne pouvait qu’échouer. Quant à la jeune colonie, elle subit de plein fouet la mésentente entre Pierre Richer et Villegagnon à l’occasion de débats théologiques, en particulier sur l’eucharistie.
Arrivé le 7 mars 1557, Pierre Richer réembarque le 4 janvier 1558. Après une traversée houleuse, il est de retour à Genève.

L’ancrage à La Rochelle

À peine remis de son voyage, il est envoyé à La Rochelle, vraisemblablement à la demande de Jeanne d’Albret avec l’appui de Théodore de Bèze.

L’Église réformée de La Rochelle est dressée en septembre 1558, selon la discipline de Genève, avec pasteur et consistoire, d’abord dans la clandestinité puis très officiellement. Pour l’annonce de la Parole, il y avait eu un précédent, quelques mois auparavant. Le chapelain de Jeanne d’Albret et d’Antoine de Bourbon y avait prêché selon les principes de la Réforme en l’église Saint-Barthélemy. Selon l’historien Amos Barbot : ce fut la première fois que le flambeau de l’Évangile fut allumé en cette ville publiquement.

Sous l’impulsion de Pierre Richer, l’Église rochelaise se développe rapidement. Il y exercera son ministère jusqu’en 1578 et acquerra le titre de « père des protestants rochelais ».
Il connaîtra les grandes heures de la Réforme rochelaise, lorsque la ville sera surnommée la « Genève de l’Ouest ». En 1571, il sera présent pour le 7e Synode national, présidé par Théodore de Bèze. La confession de foi des Églises réformées de France y sera adoptée dans sa forme définitive et sera connue sous le nom de Confession de foi de La Rochelle.

Comme l’a souligné le pasteur Guillaume de Clermont, président du Conseil de la région Ouest, lors de son message à l’occasion de la 5e session du Synode régional de l’EPUdF : 446 ans après la « confession de foi de La Rochelle », nous inaugurons ici la nouvelle déclaration de foi de l’Église protestante unie de France.

Janick Pilot