À la rencontre de Léonore Moncond’huy*

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À 25 ans, Léonore Moncond’huy fait partie des benjamins du Conseil régional © Jean-Pierre Marceau

Léonore Moncond’huy a grandi chez les éclaireurs unionistes dans le Poitou. Son parcours l’a amenée à prendre des responsabilités au sein de l’Église mais aussi au niveau politique. Stéphane Griffiths l’a rencontrée pour nous.

Léonore m’a donné rendez vous au Bibliocafé, en haut de la rue de la cathédrale, lieu improbable fréquenté par des étudiants anti-MacDo, des bobos BCBG végétariens ou des retraités en chaussures de randonnée.

Éclaireuse

Léonore est rayonnante, parfois amère, toujours positive. Elle est poitevine quasiment de naissance puisqu’elle est arrivée ici toute petite, y a fait ses études secondaires et n’a quitté la région momentanément que pour aller faire Sciences Po à Paris. Très vite embarquée dans l’équipe des éclaireuses et éclaireurs unionistes de Poitiers, elle y fait toute sa carrière d’éclé. Les rencontres qu’elle y fait, les conversations avec Mino Randriamana, le pasteur de Poitiers d’alors, et les « moments spi » l’amènent à demander le baptême à 18 ans et ce malgré « un père issu d’une famille plutôt laïcarde ».

 

Au ” Grand coup ” de Béruges (près de Poitiers) à Pentecôte © Jean-Pierre Marceau

Aujourd’hui, elle est aussi dans l’équipe régionale et siège au conseil d’administration au niveau national. « Les sujets débattus au niveau national sont plus d’ordre politique et stratégique et c’est passionnant. Au niveau régional, nous soutenons des projets de plus court terme, comme le Grand coup de Béruges (près de Poitiers) qui a réuni toutes les équipes de la région à la Pentecôte dernière ».

 

 

 

Élue

C’est tout naturellement qu’elle est arrivée à la politique et au Conseil de la région Aquitaine Limousin Poitou Charente (ALPC). C’est sans écraser personne qu’elle a été sollicitée pour représenter EELV aux élections régionales de décembre dernier. Elle a été salariée du groupe local lors des municipales de 2014 et les militants ont apprécié ses compétences en communication et sa connaissance des dossiers. Et comme les prétendants ne se bousculent pas forcément et que cela l’intéresse, elle accepte de se présenter aux régionales. Tête de liste dans la Vienne, elle est élue. À 25 ans, Léonore Moncond’huy fait partie des benjamins du Conseil régional. « Je ne me sens pas spécialement maltraitée en tant que femme ou en tant que jeune. La parité porte maintenant ses fruits en banalisant notre présence. Mais ce n’est pas facile d’être entendue. Les écologistes sont minoritaires et les jeux politiciens prennent trop souvent le pas sur l’intérêt général ». Au sein du Conseil, elle est déléguée à la vie associative et au volontariat (rattachée à la vice-présidente Geneviève Barat – ruralité, vivre ensemble, vie associative et citoyenneté). Dans ce cadre, par exemple, elle conçoit les dispositifs régionaux de soutien aux associations, et siège dans des conseils d’administration des lycées.

Et demandeuse d’emploi

Mais voilà, Léonore a été embarquée en politique juste à la sortie de la fac et, demandeuse d’emploi, elle mesure maintenant la difficulté à trouver du travail. Quand elle obtient un entretien, elle perçoit bien que les employeurs doutent de sa disponibilité et craignent le marquage politique. Sans parler du petit coup de fil de l’ennemi politique…

Depuis les attentats de Paris en novembre dernier, elle s’est prise de passion pour le mouvement « Coexister », bien que le temps lui manque pour mobiliser d’autres jeunes autant qu’elle le souhaiterait… Elle se passionne donc pour toutes ses responsabilités de citoyenne – allez vite voir sa page Facebook – mais elle nous dit les contradictions de sa situation actuelle : la volonté d’être une élue proche des gens et des lieux de vie du travail et privée d’emploi, élue d’un parti minoritaire et désireuse de promouvoir la justice, l’écologie et la démocratie, jeune chrétienne et confrontée à une jeunesse qui a du mal à s’engager pour un monde meilleur.

Stéphane Griffiths

*Article paru dans Le Protestant de l’Ouest de septembre 2016